Quand la moitié de votre population s’informe via les réseaux sociaux (chiffre avancé par l’université de Canberra), la question de savoir qui paie pour produire cette information s’impose. Le gouvernement d’Anthony Albanese vient de répondre avec un texte de loi qui ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre aux géants du numérique.
Négocier ou passer à la caisse
Le mécanisme tient en deux étages.
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- Meta, Google et TikTok ont la possibilité de conclure directement des accords commerciaux avec les médias australiens afin de compenser l’utilisation de leurs contenus. Si ces accords satisfont le gouvernement, pas de taxe.
- En cas de refus ou d’accord jugé insuffisant, une ponction de 2,25 % du chiffre d’affaires réalisé en Australie s’applique. Le seuil de déclenchement est fixé à 250 millions de dollars de revenus locaux.
L’exécutif compte redistribuer les recettes aux rédactions au prorata du nombre de journalistes employés. Anika Wells, ministre des Communications estime que ces entreprises bâtissent leur audience avec du contenu journalistique dont elles ne financent pas la production. Les recettes de la pub suivent l’audience et pas l’éditeur.
Meta botte en touche, mais Google temporise
Meta conteste le principe même du texte. Selon le groupe, personne ne force les rédactions à publier sur Facebook ou Instagram. Elles le font parce que cela leur amène du trafic. Google, de son côté, préfère rappeler qu’il a déjà signé des accords avec plus de 90 médias locaux. TikTok n’a pas réagi publiquement.
Le texte prévoit d’empêcher les plateformes de couper purement et simplement l’accès aux articles en guise de représailles. Meta avait utilisé cette parade en 2021 en supprimant les actualités de Facebook en Australie du jour au lendemain pour forcer le gouvernement à reculer. Puis, en 2024, le groupe a quitté l’ancien code de négociation.
Un modèle qui rappelle la France
La France avait ouvert ce chemin dès 2019 avec la transposition du droit voisin européen en obligeant les plateformes à rémunérer les éditeurs pour l’exploitation de leurs contenus. Google a dans un premier temps tenté de contourner le texte, avant de se faire sanctionner à 500 millions d’euros en 2021, puis 250 millions en 2024. Des accords existent, mais chacune des avancées a nécessité l’intervention du régulateur.
L’Australie tire visiblement les leçons de ces précédents. Son texte est plus contraignant, la menace financière plus explicite et le mécanisme anti-blocage comble la faille que Meta avait exploitée.
Reste à voir si les plateformes joueront le jeu ou chercheront une nouvelle esquive. L’histoire montre qu’elles préfèrent souvent tester la résistance d’un gouvernement avant de céder. Canberra a l’air d’avoir prévu le coup. C’est peut-être ce qui fait la différence cette fois.