On peut penser ce qu’on veut d’Elon Musk, mais l’homme sait tenir un public. Installé à la barre du tribunal fédéral d’Oakland, il a offert aux neuf jurés un cours magistral sur les risques existentiels de l’IA. Il a été ponctué de références à la science-fiction et d’une anecdote de dîner qui, selon lui, a donné naissance à OpenAI.
Larry Page, le spécisme et la naissance d’OpenAI
Musk situe l’origine de tout en 2015, lors d’un dîner avec Larry Page. Le patron de Google, à l’époque convaincu que l’IA ne pouvait apporter que du bon, aurait rejeté les craintes de Musk d’un revers de main. « Il m’a traité de spéciste parce que je me souciais davantage des humains que des machines », a raconté Musk sous serment. Le mot l’a piqué au vif. Sa réponse a été de monter un labo ouvert, à but non lucratif, pour contrebalancer la domination de Google. OpenAI est née de cette pique de cocktail.
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Devant les jurés, Musk a ensuite sorti l’artillerie pop culture. « On ne veut pas d’un scénario Terminator. On veut un scénario Star Trek. » Selon lui, « dans le pire des cas, l’IA nous tuerait tous. » Une phrase qu’il martèle depuis des années, mais qui prend un relief particulier quand elle est prononcée sous serment, dans un prétoire, à quelques mètres de Sam Altman.
L’ironie relevée par la juge
La juge Yvonne Gonzalez Rogers a glissé à l’avocat de Musk une remarque dont la salle se souviendra. Elle trouvait ironique que son client dénonce les dangers mortels de l’IA tout en dirigeant xAI, une entreprise qui développe exactement le type de modèles qu’il prétend redouter. Musk n’a pas relevé.
Alerter le monde sur le risque d’extinction par l’IA un mardi et continuer à entraîner Grok le mercredi, cela demande un certain talent pour la dissonance cognitive. Ou une sincère conviction que le danger ne vient pas de la technologie elle-même, mais de qui la contrôle.
Scam Altman et le recadrage judiciaire
Le ton n’est pas resté académique très longtemps. Entre deux sessions au tribunal, Musk trouvait encore le temps de poster sur X. Il traitait Altman de Scam Altman devant ses millions d’abonnés. La juge Rogers l’a recadré dès le lendemain matin en menaçant d’imposer une interdiction de communiquer. Les deux camps ont accepté de mettre leurs réseaux sociaux en sourdine.
L’avocat William Savitt a révélé que ses « clients ont eu le culot de réussir sans lui. » OpenAI soutient que Musk connaissait le projet de filiale commerciale, qu’il l’avait même encouragé. De plus, sa plainte n’est qu’une arme concurrentielle déguisée en croisade morale.
Le procès doit durer quatre semaines. Si Musk obtient gain de cause (retour au non lucratif, éviction d’Altman et Brockman, 130 milliards de dommages reversés à la fondation), l’entrée en Bourse d’OpenAI pourrait sauter. En attendant, Terminator et Star Trek sont entrés dans la jurisprudence californienne.
