75 000, c’est le nombre de morceaux entièrement fabriqués par IA qui atterrissent tous les jours sur les plateformes de streaming, selon les chiffres dévoilés par Deezer en avril. Presque la moitié du flux quotidien de nouveautés. Spotify, qui a longtemps laissé filer le phénomène, vient de dégainer sa première réponse concrète.
Une coche verte et des critères
Le badge se présente sous la forme d’un petit check vert accompagné de la mention Verified by Spotify, visible sur le profil de l’artiste. Pour l’obtenir, il ne suffit pas d’avoir uploadé des titres. Spotify vérifie que l’artiste existe en dehors de sa page de streaming (comptes sociaux actifs, dates de concerts, vente de merchandising). La plateforme regarde aussi la régularité de l’écoute sur le long terme.
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Les profils qui dévoilent des projets musicaux générés par IA ne sont pas éligibles. Spotify promet qu’au lancement, plus de 99 % des artistes que les gens recherchent activement porteront déjà le badge, des indépendants pour la grande majorité. Le déploiement se fera progressivement dans les semaines qui viennent, avec une combinaison de critères automatisés et une vérification humaine.
En parallèle, les pages artistes vont s’enrichir avec de nouvelles sections (étapes de carrière, activité de tournée, sorties récentes). Spotify compare cela à une étiquette nutritionnelle.
Le badge certifie l’artiste et non la musique
Un musicien vérifié qui utilise des outils d’IA pour sa production est donc éligible. Le badge garantit que la personne derrière le profil est vraie. Ed Newton-Rex, militant pour les droits des créateurs estime que demander à un musicien de prouver qu’il vend des goodies ou remplit des salles pour certifier qu’il est humain, écarte de ce fait ceux qui composent chez eux sans jamais monter sur scène.
Il propose d’étiqueter les morceaux générés par IA plutôt que de badger les artistes. Le raisonnement se tient. Cela supposerait que Spotify puisse identifier de manière fiable quel titre a été produit par une machine, un chantier techniquement bien plus lourd.
Un phénomène qui n’a rien de marginal
En 2023, Sony Music a exigé le retrait de plus de 135 000 titres qui imitaient ses artistes via l’IA. En 2025, un groupe fictif nommé The Velvet Sundown a accumulé 850 000 auditeurs par mois avant que quelqu’un ne réalise que le projet était entièrement synthétique. Aujourd’hui, son profil affiche 126 000 auditeurs et porte la mention de projet de musique synthétique.
Ce badge ne va pas résoudre le problème de fond. Tant que poster un titre sur Spotify ne coûte rien et que les royalties tombent au prorata des écoutes, l’incitation économique à noyer la plateforme de contenu IA reste intacte.