Une formation “terrain” dans la galaxie Mulliez
Avant de s’intéresser aux marchés financiers, Thomas Leclercq a passé plus de dix ans à arpenter les enseignes du groupe familial. Auchan, Norauto, Kiabi, Decathlon, ce sont autant d’étapes qui lui ont appris ce que beaucoup d’investisseurs ne connaissent que par les rapports annuels.
- Comment fonctionne un réseau de magasins ?
- Ce que coûte une rupture de stock.
- Ce qui fait revenir un client.
Un apprentissage par le concret qui reste typique de la culture Mulliez.
Decathlon, un modèle précurseur du commerce intégré
Le groupe fondé par son père Michel en 1976 a toujours fonctionné différemment. Decathlon conçoit, fabrique et distribue ses produits sous marques propres. Il s’agit d’un schéma intégré qui, quarante ans plus tard, ressemble étrangement à ce que font les grandes plateformes numériques.
Maîtrise de la chaîne de valeur, relation directe avec le client, exploitation de la donnée, le vocabulaire a changé, mais pas la logique.
1999 : virage stratégique vers la tech et l’international
Dès la fin des années 1990, Leclercq sort du périmètre familial et place ses premiers capitaux à l’international comme Coca-Cola, Nike et surtout Amazon qui est une simple librairie en ligne.
Ce flair pour les basculements du commerce avant qu’ils ne deviennent évidents révèle un investisseur capable de lire les signaux faibles.
Leclercq American Capital : structurer une stratégie US
En 2010, il crée Leclercq American Capital pour concentrer son exposition au marché américain. Le portefeuille embarque des poids lourds à savoir Microsoft, Meta Platforms, Pfizer, Chevron à cheval sur la tech, la santé et l’énergie. Trois secteurs au cœur des grandes transformations économiques et trois paris qui se sont avérés payants.
Focus sur l’IA et les technologies de rupture
Le dernier mouvement en date concerne SandboxAQ, une entreprise qui mêle intelligence artificielle et technologies quantiques. Ses applications couvrent la découverte de médicaments (AQBioSim), le diagnostic médical (AQMed), la cybersécurité ainsi que la navigation avancée (AQNav). Cet investissement confirme une stratégie tournée vers les ruptures technologiques de demain.
Une stratégie d’allocation globale
Sur un portefeuille estimé à 1,5 milliard de dollars, environ 600 millions sont déployés aux États-Unis. Le reste se répartit entre l’Asie (TSMC, Sony, Yum China) et l’Europe (LVMH, L’Oréal, Thales). Des positions tactiques dans le secteur minier (Uranium Energy, Pan American Silver) complètent l’ensemble.
Une diversification géographique et sectorielle classique chez les grands allocataires, mais cela reste rare chez les héritiers du retail français.
Retail, tech, IA : une convergence des modèles
Ce parcours met en lumière un mouvement de fond. Les compétences forgées dans la distribution (supply chain, marque propre, connaissance client) sont exactement celles que valorisent aujourd’hui les géants du numérique.
Leclercq n’a pas quitté le retail pour la tech. Il a vu les deux mondes fusionner et s’est positionné à leur point de jonction.
Un profil discret dans un écosystème très exposé
Aujourd’hui, la visibilité médiatique dans ce secteur fait partie du jeu, Thomas Leclercq cultive l’effacement. Cohérent avec l’ADN de l’Association familiale Mulliez, qui a toujours préféré la discrétion au storytelling. Il n’y a pas de tribune, de podcast ou de présence sur les plateaux.
Un pont entre économie traditionnelle et innovation
De Decathlon à SandboxAQ, la trajectoire dessine une ligne cohérente, notamment comprendre les fondamentaux du commerce pour mieux anticiper ses mutations.
Un pont silencieux entre l’économie tangible des magasins et celle, plus abstraite, des algorithmes et du quantique. Le genre de profil qu’on ne voit pas venir et c’est probablement le but.
