Cela fait des mois qu’ils se traitent de menteur sur X. Musk surnomme Altman de Scam Altman. Altman annule publiquement sa commande Tesla et se dit impatient de voir son rival sous serment. Cette guerre d’ego, parfois puérile, parfois calculée, va quitter les réseaux sociaux pour atterrir devant un jury fédéral. La sélection des jurés démarre lundi, sous la supervision de la juge Yvonne Gonzalez Rogers, pour un procès prévu sur deux à quatre semaines.

Quelle est l’histoire derrière la plainte ?

Altman approche Musk en 2015 par mail avec une idée, si l’IA doit arriver, autant que ce ne soit pas Google qui la contrôle seul. Les deux hommes cofondent OpenAI sous un statut non lucratif. Musk met 38 millions de dollars sur la table.

La relation se fissure dès 2017. Musk veut plus de contrôle, menace de couper les financements. Il quitte le conseil d’administration en 2018. Quelques années plus tard, OpenAI lance ChatGPT, lève des dizaines de milliards auprès de Microsoft et atteint une valorisation de 852 milliards de dollars. Altman devient le visage de l’IA générative.

Musk monte xAI de son côté, en mars 2023, quelques jours avant de signer une lettre publique réclamant un moratoire de six mois par rapport au développement de l’IA. Le timing est, disons, cocasse.

Quelles sont les demandes de Musk ?

Sa plainte, déposée en 2024, accuse Altman d’avoir trahi le pacte fondateur en transformant OpenAI en machine à cash. Musk réclame l’éviction d’Altman et du cofondateur Greg Brockman, le retour au statut non lucratif. Cela torpillerait l’entrée en Bourse prévue cette année.

Il veut jusqu’à 134 milliards de dollars de réparations, qu’il s’engage désormais à reverser intégralement à la fondation OpenAI. La juge, visiblement sceptique sur l’ampleur des demandes, s’est réservé le droit de fixer elle-même les éventuels dommages.

Un bon déballage garanti

Le dossier regorge déjà de pièces savoureuses.

  • Le journal intime de Greg Brockman, dans lequel il écrivait fin 2017 que créer une filiale commerciale reviendrait à un mensonge.
  • Des dépositions sur la vie privée de Musk, sa fréquentation du festival Burning Man, sa consommation de kétamine.
  • Le témoignage attendu de Shivon Zilis, cadre chez Neuralink et mère de quatre de ses enfants, qui siégeait à la table d’OpenAI tout en demandant à Musk par SMS si elle devait rester proche et amicale de l’entreprise pour maintenir un canal d’information ouvert.

OpenAI, de son côté, dénonce une opération de déstabilisation montée pour avantager xAI et qualifie la démarche de Musk de vendetta personnelle.