Depuis plusieurs années, Atos traverse des zones de turbulences qui remettent en question sa place dans le paysage technologique français et européen.

Mais depuis l’arrivée de Philippe Salle à sa tête en 2024, l’entreprise semble reprendre son souffle grâce à une restructuration financière d’envergure, une stratégie claire et de nouveaux visages à la direction.

Atos compte bien prolonger cette dynamique, et pour cela, elle devrait miser sur l’intelligence artificielle et la transformation digitale des organisations

Une gouvernance réorganisée pour retrouver de la stabilité

Au mois de septembre, Atos a annoncé une série de nominations destinées à renforcer la cohésion de son comité exécutif. Ce dernier avait été soumis à de nombreux changements ces dernières années, une instabilité qui avait pesé sur la confiance des marchés comme des clients.

Parmi les arrivées marquantes, on peut noter celle de Florin Rotar, nommé directeur technologique (CTO). Fort de plus de vingt ans d’expérience dans l’IA et les technologies émergentes, notamment chez Avanade, il incarne la volonté du groupe de placer l’innovation au coeur de sa relance.

Autre profil stratégique pour Atos, Laurent Soulier, diplômé de Polytechnique et de Télécom Paris, qui prend la tête de la stratégie et de l’excellence opérationnelle. Avec une forte expérience dans la cybersécurité et ayant eu l’occasion d’opérer des transformations profondes dans des grands groupes comme Adecco, il devrait jouer un rôle clé dans la réorganisation d’Atos.

La communication n’est pas en reste avec l’arrivée de Pénélope de Fouquières, forte d’une carrière internationale, notamment à la Banque africaine de développement. Enfin, Camille Le Provost, spécialiste des transactions internationales, rejoint l’équipe pour prendre en main le dossier des fusions et acquisitions, un levier clé du repositionnement d’Atos.

Zoom sur le plan Genesis : cap sur l’intelligence artificielle et la data

Au delà des changements humains, c’est surtout le plan stratégique « Genesis » qui structure désormais l’avenir du groupe.

Présenté au mois de mai dernier, il repose sur trois priorités : la simplification des activités, la création de valeur et le développement des capacités dans la data et l’IA.

Pour soutenir ce repositionnement, Atos prévoit 500 millions d’euros d’investissements en R&D et 100 millions d’euros dans des start-up technologiques entre 2025 et 2028.

Les ambitions ont, quant à elles, déjà été chiffrées, et Atos vise un chiffre d’affaires entre 9 et 10 milliards d’euros à horizon 2028, avec une marge opérationnelle de 10%. Avant d’arriver à cette étape, l’entreprise vise cette année une marge de 4%, un objectif considéré comme une première étape crédible par les analystes…

Des résultats semestriels encourageants malgré un recul du chiffre d’affaires

S’il est encore trop tôt pour savoir si Atos réussira sa mission, la publication des résultats du premier semestre 2025 illustre parfaitement cette phase de transition.

Le chiffre d’affaires recule de 17,4%, à 4,02 milliards d’euros, mais la marge opérationnelle remonte à 2,8%, contre 2,3% l’année précédente. Autre indicateur suivi de près, Atos a communiqué sur son flux de trésorerie disponible qui reste négatif mais qui progresse nettement avec -96 millions d’euros contre -593 millions un an plus tôt.

Là encore, ces signaux confirment que le groupe est engagé dans un redressement progressif, même si la conjoncture reste délicate. Les marchés publics, notamment dans la santé, représentent quant à eux un socle stable sur lequel Atos entend bien capitaliser.

Un acteur qui veut redevenir conquérant

Si Atos affiche de très belles ambitions pour l’avenir, le groupe n’a pas oublié les difficultés récentes. En effet, avec une dette culminant à 4,8 milliards d’euros et des pertes successives ont mis à mal son image de fleuron technologique français le défi est de taille…

La restructuration financière opérée depuis 2024, avec la conversion de 2,8 milliards d’euros en capital, a néanmoins permis d’assainir la situation et de rétablir un dialogue constructif avec ses créanciers. Mais pour aller plus loin, Atos compte également sur d’autres leviers…

Dans les faits, cela se matérialise par une réflexion sur son périmètre d’activité. Par exemple, les discussions avec l’État autour de la cession de sa division Advanced Computing sur le calcul de haute performance, l’informatique quantique, et la cybersécurité illustrent ce mouvement. L’opération, pour un montant estimé à 410 millions d’euros et prévue pour 2026, doit permettre de concentrer les efforts sur d’autres missions.

Parallèlement, l’entreprise multiplie les annonces de projets dans le domaine des infrastructures numériques et de la transformation des services publics. Ces contrats, notamment dans la santé et les identités numériques, devraient permettre à Atos de renforcer sa légitimité en tant que partenaire des États et des grandes administrations.

Atos face à ses promesses…

En dépit des avancées, un défi majeur subsiste pour Atos, car l’entreprise va devoir transformer ces annonces en résultats tangibles.

Les investissements dans l’IA, la communication autour du plan Genesis et le renouvellement de la gouvernance devront convaincre les clients comme les investisseurs que le groupe peut retrouver un cycle de croissance durable.

Et si la trajectoire fixée par Philippe Salle est ambitieuse, celle-ci repose sur une combinaison de stabilité managériale, d’innovations ciblées et de partenariats stratégiques, notamment avec des entités publiques. Si les objectifs sont atteints, Atos pourrait non seulement retrouver une assise solide, mais aussi redevenir un moteur de la souveraineté numérique européenne…