8 milliards d’euros : c’est le montant, dévoilé par Emmanuel Macron le 26 mai dernier, du plan d’aide au secteur automobile français, durement éprouvé par la crise sanitaire liée au Covid-19. Un plan de relance ambitieux, qui ouvre la voie au “monde d’après” et, surtout, à une prochaine génération de voitures moins polluantes. “Nous souhaitons faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe“, a notamment déclaré le président de la République lors de son déplacement dans le Pas-de-Calais.

L’usine 4.0, une quatrième révolution industrielle déjà en marche

Sur l’enveloppe prévue par les autorités, 1,5 milliard d’euros seront consacrés au développement du “véhicule de demain”. Un axe stratégique, qui devra mettre l’accent sur “la modernisation des chaînes de production, l’industrie 4.0, la robotisation, la numérisation et l’innovation écologique”. 200 millions d’euros de subventions seront notamment accordés à “la transformation et à la montée en gamme” des sous-traitants de la filière automobile, afin d’aider les PME et ETI du secteur à opérer leur transition vers un modèle d’usine 4.0. Mais que recouvre exactement cette expression ?

Parfois décrite comme la “quatrième révolution industrielle”, l’usine 4.0 intègre les technologies numériques dans ses processus de fabrication. Une usine “connectée”, en quelque sorte, ou encore une “smart factory”, dont l’objectif premier est de réaliser de nouveaux gains de productivité et d’optimiser les consommations énergétiques en tirant le meilleur des nouvelles technologies que sont le Big Data, les capteurs, les automates, le “Cloud Computing” ou encore l’Internet des objets (IoT). Cette transformation nécessitera une adaptation en profondeur des modes de production, accordant une importance accrue au réseau, ainsi que des chaînes d’approvisionnement et, plus généralement, de la structure de l’entreprise elle-même.

Renault se rapproche de Google pour améliorer son efficacité

Loin d’être une chimère, cette nouvelle révolution industrielle est d’ores et déjà à l’oeuvre. Notamment dans le secteur automobile : Renault vient ainsi d’annoncer la conclusion d’un partenariat avec Google Cloud, une division du géant américain de la tech, visant à mieux analyser les quelque 500 millions de données que ses robots produisent chaque jour. Le constructeur français, dont 40 000 employés seront formés par Google à ces nouveaux outils, ambitionne rien de moins que “de casser le plafond de verre en matière d’efficacité opérationnelle“, selon son vice-président, Eric Marchiol. Grâce à ce partenariat, Renault devrait ainsi proposer des produits mieux finis, tout en réalisant de substantielles économies.

Le timing de cette annonce ne doit probablement rien au hasard : si Renault accélère la mutation de ses sites de production vers des usines 4.0, c’est, sans doute, pour ne plus se laisser surprendre par les crises qui, dans un environnement de plus en plus incertain, ne manqueront pas d’advenir à plus ou moins brève échéance. Une réflexion stratégique qui anime d’autres entreprises, elles aussi confrontées à l’extrême volatilité de leur environnement et qui se doivent, pour rester dans le jeu de la mondialisation, de préparer leurs organisations aux crises à venir. Y compris dans des secteurs dans lesquels on ne s’y attendrait pas, comme le montre Tereos, le leader français du sucre, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse les 4,5 milliards d’euros.

Tereos anticipe les crises grâce à l’usine 4.0

Anticipant la crise consécutive à la levée des quotas européens de sucre en octobre 2017, suppression qui avait entraîné une surproduction et une chute mondiale des cours, Tereos a misé, bien avant qu’il ne s’agisse d’une expression à la mode, sur l’usine 4.0, transformant sa sucrerie brésilienne de Cruz Alta. Le succès étant au rendez-vous – pour 10 millions d’euros investis sur le site brésilien, le gain annuel est de 5 millions -, le groupe coopératif a décidé de faire de même avec son site français de Connantre, dans la Marne. Un véritable “pilote de son usine du futur”, pour Alexis Duval, président du directoire de Tereos, selon qui “l’objectif est de rendre les sucreries françaises compétitives au niveau mondial”.

Tereos va mettre sur la table pas moins de 45 millions d’euros afin de moderniser ses usines tricolores. Digitaliser l’ensemble des étapes de production – de la plantation des betteraves à sucre à la livraison des clients – devrait permettre au groupe d’économiser, sur ses sites 4.0, 30 millions d’euros – somme qui s’ajoutera aux 60 millions d’euros déjà économisés grâce à son plan de performance, “Ambitions 2022”.

L’exemple de Tereos démontre que “la flexibilité sera un atout essentiel à l’industrie dans l’ère post-pandémie“, estime Sébastien Gillet, directeur du salon Global Industrie. Alors que les entreprises hexagonales ont raté leur transition numérique à la sortie de la crise financière de 2008-2009, “pour survivre à la crise Covid-19, l’industrie française va devoir accélérer son virage vers le 4.0“, conclut le spécialiste.