C’est inédit. Pour la première fois en Europe, une infrastructure quantique doit voir le jour dans le but de renforcer la sécurité dans plusieurs domaines. La finance, la santé ou encore les télécommunications font partie des objectifs visés par ce nouveau programme. Futura Sciences a échangé à ce propos avec Mathias Van Den Bossche, Quantum technology roadmap leader et Marko Erman, CTO de Thales.

Le quantique : un moyen de résoudre des problèmes complexes

Si certains considèrent la course aux technologies quantiques comme la nouvelle ruée vers l’or, il est important de préciser que la physique quantique ne date pas d’hier. En effet, le monde de la quantique fait l’objet de toutes les convoitises depuis quelques années. La raison est simple : la technologie quantique pourrait permettre d’établir des calculs capables de résoudre des problèmes bien plus complexes que les tâches aujourd’hui traitées par les ordinateurs dits « classiques ». Toutes les grandes entreprises technologiques le savent : il y a un marché colossal derrière le quantique.

La Commission européenne vient d’inaugurer un projet qui porte le nom de OPENQKD. D’après Mathias Van Den Bossche, son objectif est le suivant : « le projet initié par l’Union européenne est d’installer des infrastructures test de communication quantique dans plusieurs pays européens, aussi bien par des solutions satellitaires que terrestres. La finalité du programme est de renforcer drastiquement la sécurité des applications critiques dans les domaines des télécommunications, de la finance, des soins de santé, de l’approvisionnement en électricité et des services publics ».

OPENQKD : un projet pluridisciplinaire européen

Sur le site de la Commission européenne, on peut lire que : « OPENQKD est un projet qui rassemble une équipe multidisciplinaire composée des principaux fabricants européens d’équipements de télécommunications, de fournisseurs d’infrastructures, d’opérateurs de réseaux, de fournisseurs d’équipements QKD, de professionnels de la sécurité numérique et de scientifiques de 13 pays afin de renforcer la position de l’Europe à l’avant-garde des capacités mondiales de la communication quantique ».

Le terme QKD signifie Quantum Key Distribution : en français, distribution de clés quantiques. Les clés issues de la QKD sont idéales pour chiffrer des données de manière ultra-précise. Cette technique permet un très haut niveau de sécurité. La mise en place d’une infrastructure quantique nécessitera la bonne communication entre le sol et les satellites, et des télescopes d’une très haute qualité pour permettre d’aller encore plus loin qu’avec la fibre optique. Heureusement, les réseaux déjà déployés devraient pouvoir être réutilisés.

Les technologies quantiques n’en sont qu’à leurs débuts

Vous l’aurez compris : nombreux sont les champs dans lesquels la technologie quantique peut trouver sa place. On pense évidemment aux télécommunications, au chiffrement sécurisé, à la finance, ou encore à la médecine. Même si une majorité de spécialistes est capable de visualiser les domaines dans lesquels cette technologie peut être utile, tous en sont encore au stade de l’expérimentation pour la faire fonctionner.

Notons que le programme de la Commission européenne est réparti dans quatre grands domaines : le calcul quantique, la simulation quantique, la communication quantique et la métrologie quantique. Avec ce projet, l’Europe se met au niveau des États-Unis et de la Chine dans l’objectif de rester dans la course à la physique quantique.

Ce projet pourrait permettre de résoudre un problème de taille : le manque de chercheurs ou d’ingénieurs qualifiés. Il semblerait que les États commencent à prendre conscience de ce problème. Les États-Unis, ont pour exemple lancé en décembre 2018 l’US Quantum Initiative, un projet d’une valeur de 1,2 milliard de dollars pour développer des infrastructures quantiques.