Pour occuper les nouveaux espaces offerts par le digital, la musique doit attirer le regard. Pour être reconnu, un musicien doit avoir une identité musicale forte mais aussi un design visuel qui marque. À la différence d’un groupe comme Led Zeppelin ou l’image était principalement réduite à une pochette de disque, le musicien du 21 ème siècle doit en plus conquérir Instagram, Facebook et Youtube pour prétendre rassembler son public. L’image dans la musique a changée de statut. De support de communication, elle est devenue part intégrante de l’oeuvre musicale.

Stromae est-il un musicien, un artiste graphique ou un désigner mode

Attirer l’œil pour être écouté

Les réseaux sociaux sont  devenus les nouvelles scènes découvertes. Les musiciens doivent y briller pour espérer passer à  la radio. Il faut attirer l’oeil pour capter l’oreille. Gorillaz est l’exemple parfait (et extrême) de cette mutation. Dans la recette Jamie Hewlett apporte la direction artistique visuelle, Damon Albarn la composition. Mais c’est la fusion des deux qui donne le socle du storytelling du groupe. Comment pourrions nous imaginer Gorillaz sans ces personnages “cartoon”? Comment imaginer aussi Daft Punk sans son imagerie robotique accompagnée de voix vocodées?

Qui de la musique ou de l’image est né le premier?

C’est justement le problème (ou la solution). Design visuel et musique naissent souvent ensemble. Les musiciens ne se baladent plus le nez au vent en recherche de mélodie, ils sont devenus les patrons de start up dont la musique est un des projets. Autour de ce projet, d’autres doivent naître et pour cela une armée de créateurs sont nécessaires. Puisque l’argent est le nerf de la guerre, pour motiver les troupes, il faut être en mesure de partager les gains potentiels (et le succès).

C’est plus simple lorsque l’auteur de l’identité visuelle est aussi l’auteur de la musique. Un genre de docteur Jekyll et M. Hyde devenu courant dans le paysage musical actuel dont Woodkid est un parfait exemple. Réalisateur et directeur artistique côté pile, Yoann Lemoine, devient Woodkid côté face. Pour ceux qui n’ont pas ce talent multi-facettes, la recherche de collaboration est la seule option.

La fusion entre l’image et la musique est devenue tellement puissante qu’elle pourrait transformer le principe de paternité musicale. Auteur et compositeur n’étant plus les seuls créateurs dans le projet. Une révolution dans le système du droit d’auteur Français, mais peut-être une solution pour les auteurs “entrepreneurs” sans budget ayant besoin de collaboration visuelles pointues. Cette identité visuelle tellement recherchée n’est finalement plus une conséquence de la musique, mais un écho nécessaire. L’histoire récente démontre que l’image est une part de l’oeuvre et l’outil essentiel de son écoute sur les supports digitaux.