Dans la modernité des dernières décennies et l’épanouissement de la composition par ordinateurs, la musique s’est déshabillée d’effet, d’écho et de réverbération. Elle a plaqué les sons aux plus près des microphones et collé les accords à nos tympans.

Impact, caisse qui claque

L’espace créé par la réverbération n’était plus le bienvenu dans la production musicale. Les artistes avaient besoin d’impact, de caisse qui claque pour construire une musique urbaine qui reflète l’époque. Du coup, les réverbérations infinies des Pink Floyd sont allées se faire voir ailleurs.

Pas bien loin visiblement, parce qu’elles sont de retour dans les mixages, adoptées par une nouvelle génération de producteurs et de groupes comme Tame Impala. Une génération de musiciens qui recherche l’espace dans l’écho des voix. Une couleur musicale inspirée par le rock psychédélique et sa tendance à pousser le niveau des effets dans le rouge.

Une musique qui lutte contre l’étouffement

La musique des London Grammar, comme de beaucoup d’autres, est devenue cotonneuse et ouatée. Réaction du manque d’espace de nos vies urbaines ? Lutte contre l’étouffement ? Quelle qu’en soit la raison, notre musique contemporaine cherche sa respiration dans des effets hérités des années 70.

Une tendance que l’on retrouve dans beaucoup de styles musicaux. Le rock n’échappe pas à cette vague de réverbérations à plaquesHanni El Kathib ou les Black Keys prennent aussi leurs parts dans cette évolution de la production musicale.

Les effets élargissent la musique, diluent autant qu’ils relient les éléments entre eux. Le résultat est à la fois plus contrasté et plus homogène.

Home studio et réverbérations

Il pourrait y avoir un lien entre la mort des vastes studios du siècle dernier et l’exode des musiciens dans de petits studios maison. Les mixages s’y sentiraient à l’étroit, et chercheraient à écarter la distance entre les deux enceintes. A créer un espace entre les deux écouteurs du casque des auditeurs pour repousser les murs du métro et leur donner de l’air.

Longtemps, la marque de la modernité était un mixage sec, sans effets. C’est moins clair maintenant où l’on a ouvert plus grand les vannes des réverbérations sans peur de la vulgarité potentielle des échos.

Ces résonances irriguent nos playlists de The Weeknd à Lana Del Rey, une partie de la musique est plongée dans cette atmosphère extatique dans l’attente du retour en force d’une brit pop brute ou d’un grunge enragé qui trouvera le bouton pour éteindre les machines à effets jusqu’à la prochaine fois.