Le métier de Creative Technologist m’a toujours attiré et intrigué. Si Siècle Digital ne s’était pas imposé comme un métier à temps plein, il y a de fortes chances pour que je gravite autour de ce poste actuellement. Beaucoup de personnes ne connaissent pas ce métier, ou trop peu. Je suis allé à la rencontre d’Etienne Durand qui occupe le poste de creative technologist au sein de l’agence Hopscotch. Voici son histoire (TIN TIN).

Qu’est-ce que le métier de creative technologist ?

Creative technologist, la fonction est dans le libellé. On fait la liaison entre le monde des créatifs et le monde des techniciens. C’était deux mondes qui ne se parlaient pas vraiment jusqu’à aujourd’hui. Les techniciens étaient plutôt des gens qui produisaient, mais pas des gens qui concevaient. Et puis l’Innovation avec un grand I a été pourvoyeur de solutions qui présentaient des potentiels créatifs. Pour sortir des concepts créatifs innovants, originaux et surprenants, on avait tout à gagner d’aller chercher l’inspiration dans le monde de l’innovation. La technologie étant prolifique en la matière, des profils techniques se sont trouvé un gout pour la création et ont finalement pris le rôle d’aller faire le lien entre ces deux mondes.

Cela demande une compétence particulière qui est de savoir expliquer des principes techniques, des nouveautés, qui sont parfois un peu complexes à des interlocuteurs qui ne sont pas des techniciens et qui ont besoin de comprendre ces innovations.

Le métier a encore une belle marge de progression, car c’est un poste très jeune qui doit gagner en maturité. Un creative technologist ne te décrira pas son métier de la même manière qu’un autre. Cela dépend aussi souvent des besoins de l’agence dans laquelle ils évoluent ainsi que la façon dont cette agence intègre leurs compétences dans les process.

Il y’a aussi beaucoup de professionnels qui ne connaissent pas l’existence de ce métier. Alors ils vont embaucher un chef de projet, un développeur, un designer … Alors qu’un CT peut convenir. Il n’est spécialiste de rien, mais pour faire l’analogie, c’est un très bon médecin généraliste. Et en qualité de généraliste il peut orienter vers des spécialistes si nécessaire.

Est-ce que tu as un background, ou suivi des études particulières pour arriver au métier de creative technologist ?

Mon parcours est assez particulier. J’ai effectué une année de prépa’ à Epita après mon bac S, et je n’étais pas trop fait pour les études. Mais cette année a été très précieuse pour la suite puisque c’est là que j’ai découvert internet, appris à réaliser une page web, et là que j’ai décidé que c’était dans ce domaine que j’allais m’orienter. Suite à cela je suis rentré chez Wanadoo (Orange aujourd’hui, ndlr) où j’ai eu la chance de faire plein de métiers différents et de m’autoformer sur du développement web. J’ai ensuite passé 6 ans au sein de l’agence Marcel en tant que lead developer. À l’arrivée d’un directeur de l’innovation, on m’a proposé un poste de creative technologist pour accompagner cette arrivée que j’ai occupé pendant 3 ans et demi. J’ai ensuite rejoint Hopscotch.

Hopscotch c’est un terrain de jeu très intéressant puisqu’à l’opposée de la pub’ sur l’événementiel on travail sur des projets tangibles. Je ne cherche pas spécialement des éléments sur de l’alimentaire ou de l’automobile, je regarde tout ce qu’il se passe en matière d’innovation et ensuite je catégorise. Quand je trouve un nouveau type d’écran transparent, une nouvelle solution pour faire des hologrammes, ou une nouvelle enceinte qui a des propriétés particulières, c’est assez compliqué à mettre en oeuvre pour de la pub, mais cela correspond parfaitement à l’événementiel. Il y a une autre différence avec la pub, c’est qu’avec cette dernière on peut tricher – en postprod – tandis qu’en événementiel : non. À un instant T il faut que ça marche.

D’après toi, quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ce métier.

La première qualité, c’est la curiosité. Il faut un sens du contact. Avoir un gout pour aller vers les autres. Lorsqu’on va voir quelqu’un qui nous intéresse, il faut être capable de lui démontrer. Parfois quand on va voir un ingénieur dans un labo’ il est parfois surpris quand on lui dit que sa technologie a un potentiel créatif. Le goût du contact est donc très important, car ce métier amène à rencontrer énormément de gens.
Ensuite, il faut être capable d’adapter son discours à son interlocuteur. On prospect énormément pour aller chercher des solutions et on rencontrer des personnes expertes dans leurs domaines avec qui on va pouvoir utiliser un langage technique. Après, quand on présente ces solutions à des personnes qui ne sont pas des techniciens, il faut savoir réadapter son langage pour le rendre compréhensible.

Je pense que mon parcours personnel m’a permis d’acquérir ces deux compétences. J’ai eu – je me dis ça avec le temps – la chance de ne pas être formaté par un système d’enseignement avec une pensée académique et un champ lexical académique. Ce côté autodidacte me permet de m’adresser à un public de néophytes.

Il y a aussi une qualité qu’on retrouve souvent dans ce métier : la bienveillance. Il y’a une communauté de creative technologist assez solidaire et qui sait s’entraider, que l’autre travaille chez un concurrent ou non. Je n’ai jamais vu cela dans d’autres corps de métiers, car on n’est pas dans une philosophie qui est normée. Il n’y a pas de règles et les bonnes relations que les CT ont entre eux ils ne les doivent qu’à eux. Et on en revient à cette qualité qui est liée au gout du contact : l’humain est très important.

Question récurrente pour cette série : quelle est ta journée type ?

Contrairement à tes précédentes présentations, il n’y a pas de journée type pour un CT, elle est très fragmentée. On est dans un contexte de boite de com’, on doit être très réactif parce que quand il y a une bonne idée innovante à avoir si on est les premiers, c’est mieux. Du coup je suis très souvent en alerte sur Feedly à suivre mes différents fils RSS. L’autre raison c’est aussi que si je saute ma veille une journée, j’ai quelques centaines d’articles à rattraper. Si le gros de mes trouvailles je les trouve sur Feedly, Facebook est aussi un outil important. Non seulement le réseau social me permet de découvrir de l’information qui n’est pas chronologique, il me permet aussi de partager de l’information que je trouve.
Il y a un temps aussi très important qui est consacré à des échanges avec les autres personnes de l’agence. Concrètement cela prend la forme de réunion de conception.
Enfin, savoir qu’une technologie existe est une chose, comprendre comment elle fonctionne et la voir en vrai en est une autre. Je passe donc beaucoup de temps à aller rencontrer les entreprises. Cela permet aussi de connaitre les coûts d’applications sur des projets que l’on peut avoir.
Après, je peux avoir des journées où je ne vais faire que de la veille, ou être à l’extérieur toute la journée. Ce n’est pas toujours égal, mais cela représente les trois tiers de mon temps de travail.