Un mémo daté du 23 avril, signé Michael Kratsios, patron du Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche et rendu public dans la foulée. Des entités basées en Chine mèneraient des opérations pour copier l’IA à l’échelle industrielle. Et le timing, à vingt jours du sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, prévu le 14 mai à Pékin, n’a évidemment rien d’un hasard.
Aspirer un cerveau artificiel sans en payer le prix
La méthode pointée du doigt porte un nom technique, la distillation. Le principe est redoutable de simplicité.
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- Vous prenez un modèle d’IA performant (disons celui d’OpenAI ou d’Anthropic).
- Vous lui envoyez des millions de requêtes.
- Vous enregistrez ses réponses.
- Vous utilisez ce corpus pour entraîner votre propre modèle, plus petit, moins cher, mais qui reproduit l’essentiel du comportement de l’original.
Pour que cela passe inaperçu, les acteurs incriminés utiliseraient des dizaines de milliers de comptes intermédiaires qui imitent des utilisateurs lambda. Kratsios mentionne aussi des techniques de jailbreaking pour contourner les protections et accéder à des couches normalement verrouillées.
Anthropic et OpenAI avaient déjà tiré la sonnette
Le mémo de la Maison-Blanche ne sort pas de nulle part. Fin février, Anthropic pointait nommément DeepSeek, Moonshot AI et MiniMax. Il affirmait que ces trois labos avaient créé des milliers de faux comptes et bombardé Claude de 16 millions de requêtes pour en disséquer le fonctionnement. Quelques jours avant, OpenAI envoyait un mémo au Congrès en dénonçant des techniques similaires qui visaient ses propres modèles.
Anthropic a poussé l’alerte un cran plus loin en prévenant que les capacités extraites pourraient être intégrées dans des systèmes militaires ou de renseignement, sans les systèmes de sécurité que les labos américains intègrent à leurs modèles. La distillation ne copie pas seulement l’intelligence, elle la débarrasse de ses freins.
Washington prépare sa riposte, mais Pékin nie tout
Kratsios annonce un plan en quatre volets.
- Le partage de renseignements avec les entreprises américaines.
- La coordination public/privé renforcée.
- Le guide de bonnes pratiques contre la distillation hostile.
- L’exploration de mesures pour sanctionner les responsables sans préciser lesquelles.
Une commission parlementaire recommande déjà de classer ces attaques comme des transferts de technologies contrôlés, ce qui ouvrirait la porte à des poursuites sous l’Economic Espionage Act.
Côté chinois, le porte-parole Guo Jiakun a qualifié ces accusations de campagne de diffamation calomnieuse et demandé à Washington de respecter les faits. La Chine rejette en bloc et renvoie le dossier aux restrictions technologiques que les États-Unis lui imposent depuis des années.
