GPT-4 écrasait tout ce que la Chine produisait, les labos américains publiaient, levaient, recrutaient à un rythme que personne ne semblait capable de suivre. Le rapport 2026 de l’AI Index, publié par l’Institut HAI de Stanford, vient bouleverser ce récit confortable. En effet, l‘écart de performance identifié entre les modèles américains les plus performants et les versions chinoises est tombé à 39 points Arena contre plus de 300 en mai 2023.

Claude Opus 4.6 mène encore, mais Dola-Seed 2.0 lui colle aux talons avec 1 464 points contre 1 503. En février 2025, DeepSeek-R1 avait même brièvement arraché la première place.

Une course qui a changé de physionomie

Ce rééquilibrage ne s’explique pas uniquement par les progrès de la recherche chinoise. Là où les acteurs américains ont massivement parié sur des modèles fermés et des valorisations stratosphériques, Pékin a privilégié l’open source et la diffusion industrielle à grande échelle. Le résultat est visible dans les usines, 295 000 robots pilotés par IA tournent en Chine contre 34 200 aux États-Unis.

David Fishman, analyste énergie chez Lantau Group, estime que la Chine absorbe tous les ans une demande électrique supplémentaire équivalente à la consommation entière de l’Allemagne avec des marges de réserve qui ne sont jamais descendues sous 80%. Aux États-Unis, le réseau électrique accuse des décennies de sous-investissement. Goldman Sachs a déjà identifié cette fragilité comme un frein à la montée en charge des data centers. Toutefois, Anthropic accuse la Chine d’avoir copié son IA.

L’argent ne fait pas tout

Les chiffres en termes d’investissement restent pourtant en faveur des Américains. 285,9 milliards de dollars de capital privé ont été injectés dans l’IA en 2025, soit 23 fois la mise chinoise de 12,4 milliards. Les États-Unis ont créé 1 953 nouvelles sociétés IA l’an dernier.

Mais la Chine construit quelque chose de différent, un écosystème moins capitalistique et intégré à l’industrie. Il est surtout adossé à un vivier de talents formés localement. La quasi-totalité de l’équipe derrière les cinq fondateurs de DeepSeek a été formée dans des universités chinoises. Et les chercheurs étrangers désertent de moins en moins les labos de Pékin pour aller s’installer à San Francisco. Le flux de talents vers les États-Unis a chuté de 89% depuis 2017, avec une accélération de 80% rien qu’en 2025.

Le poids de la politique

Stanford pointe deux moteurs à ce mouvement. Le premier est l’élan interne de la Chine, qui retient ses chercheurs, parfois sous pression d’État, comme en témoigne la surveillance renforcée des fondateurs de startups rachetées par des acteurs étrangers. Le second, c’est la politique migratoire américaine sous Donald Trump, qui a refroidi des profils que Washington aurait naturellement absorbés il y a cinq ans. La domination américaine en IA a longtemps reposé sur sa capacité à capter les meilleurs cerveaux planétaires.