Quelque chose d’inhabituel s’est produit dans le monde du numérique européen. Eurosky, projet né aux Pays-Bas, a officiellement levé le rideau sur une infrastructure destinée à héberger un écosystème complet de réseaux sociaux, entièrement ancré en sol européen.

Contrairement aux idées reçues, Eurosky n’est pas un clone de Facebook ou un rival direct de X. Il s’agit d’un serveur de données personnelles (PDS) qui fonctionne comme une identité numérique portable. Un utilisateur stocke son profil, ses publications, ses relations sociales et surtout, il est propriétaire. Ces données ne vivent pas dans le datacenter de Menlo Park, mais sur des serveurs soumis au droit européen.

Un protocole très précis pour Eurosky

Ce PDS se connecte au protocole AT, la même architecture décentralisée qui fait tourner Bluesky. Ce choix n’est pas anodin, car il permet à Eurosky de s’appuyer sur un réseau déjà actif plutôt que de repartir de zéro. Il garde aussi la porte ouverte au développement d’applications tierces. Sebastian Vogelsang, cofondateur d’Eurosky et à la tête de Flashes.app, un concurrent d’Instagram bâti sur Bluesky, révèle que la dimension sociale a été supprimée par les Big Tech.

Les premiers serveurs ont ouvert aux utilisateurs préinscrits dès février. La feuille de route devrait proposer un système de modération de contenu partagé. Les développeurs d’applications européens seraient en mesure d’exploiter sous licence. C’est clairement une manière de construire un contrepoids aux outils propriétaires de Meta, Alphabet, X ou ByteDance.

Un contexte qui donne du poids au projet

Ces derniers mois, le fossé entre Bruxelles et la Silicon Valley n’a cessé de se creuser. X a hérité en décembre de la plus forte amende que la Commission européenne a pu infliger pour manquements à ses obligations de transparence. Grok, son chatbot IA, a généré des deepfakes non consentis. Cela a poussé une cinquantaine d’eurodéputés à réclamer publiquement la création de réseaux sociaux européens. Meta reste dans le viseur des régulateurs pour des pratiques jugées délibérément addictives.

Dans ce contexte, Eurosky arrive avec un profil atypique. Ce n’est pas une startup qui cherche une rapide valorisation ou un projet institutionnel pesant. L’organisation rassemble des entrepreneurs, des experts techniques ainsi que des représentants de la société civile, dont Robin Berjon. Ce dernier est un ancien stratège des données au New York Times.

Il reste un obstacle de taille, car Eurosky dépend par contre partiellement de l’infrastructure de Bluesky pour la modération des contenus. L’indépendance est affichée comme un objectif. Pour que ce projet tienne ses promesses, l’écosystème d’applications devra suivre.