Le mardi 14 avril, au siège de Free, l’accord financier semble verrouillé. Xavier Niel passe saluer les troupes. On se congratule presque. Le mercredi matin, tout s’écroule. Les avocats s’affrontent sur deux points.

  • Ce que Drahi toucherait si le deal capotait après la signature.
  • La facture à payer pour celui qui claquerait la porte en cours de route.

Bouygues refuse de céder. Chez Free, quelqu’un ouvre un document vierge et commence à rédiger l’annonce de l’échec. La France est passée à un cheveu de voir cette opération s’évaporer.

Un an de couloirs et de noms de code

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à l’été 2025. Chaque opérateur reçoit un nom de code digne d’un roman d’espionnage.

  • Montblanc pour Bouygues.
  • Voltaire pour Orange.
  • Mosaïque pour Free.
  • Rainbow pour Altice.

Les rencontres se tiennent dans les sous-sols d’un cabinet d’avocats boulevard Haussmann ou dans un appartement discret du 8e arrondissement, rue Pierre-Charron, où un maître d’hôtel sert des cafés et des chocolats aux négociateurs.

La règle d’or est pas plus de quatre personnes autour de la table. Une leçon tirée de Jardiland, la tentative ratée de 2016 où soixante intervenants, des ego surdimensionnés et l’hostilité connue entre Martin Bouygues et Xavier Niel avaient transformé les discussions en pugilat.

Dix ans plus tard, ce sont leurs successeurs (Thomas Reynaud chez Iliad, Dexter Goei chez Altice) qui mènent la danse. Deux quadras qui se connaissent bien, aperçus ensemble lors d’un match du PSG quelques mois avant la signature.

Drahi sous les sirènes, Heydemann en médiatrice

Pendant que Paris négocie, Patrick Drahi suit les échanges depuis Tel-Aviv, il interrompt régulièrement ses appels pour descendre s’abriter quand les alertes retentissent. À l’autre bout du spectre, Christel Heydemann, directrice générale d’Orange et seule femme du groupe, joue les médiatrices. Ancienne polytechnicienne comme Drahi, elle exploite ce terrain commun pour désamorcer les blocages sans braquer personne.

Une première offre est rejetée par Drahi le 14 octobre 2025. Les discussions reprennent, les comptes de SFR sont épluchés. Et puis arrive cette semaine d’avril où tout bascule.

Reynaud et Goei sauvent la mise

Quand Bouygues menace de quitter la table le mercredi, Reynaud et Goei s’isolent et passent les points de friction au scalpel. Ils trouvent un compromis sur les indemnités qui rassure Drahi sans étrangler les deux autres. Le 17 avril à 19h20, les quatre parties signent. SFR est racheté.

20,35 milliards d’euros (trois milliards de plus que la première offre) et la France va repasser à trois opérateurs pour la première fois depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012. Les autorités de concurrence françaises et européennes doivent encore valider et le volet social (comprendre les milliers de suppressions de postes potentielles) va vite devenir le sujet le plus brûlant.