La chanson française a eu ces heures de gloire dans la pub avec entre autre Gotainer et ces tubes mémorables pour Banga ou Belle des champs. Depuis elle est assez peu utilisée pour accompagner les spots publicitaires.

Cette gloire inspire assez peu nos créatifs qui considèrent la chanson française comme indigne du storytelling qu’ils veulent porter. Excusons les publicitaires, car ils suivent l’opinion de la majorité des compositeurs Français. Une belle partie de nos auteurs sont en effet les premiers à fuir le Français, frileux à l’idée de chanter dans la langue de Molière.

Paresse intellectuelle et art mineur

Le tout est nimbé d’une forme de paresse intellectuelle qui fait que ces artistes  sont plus à l’aise avec des textes anglo-saxons du type « Yellow submarine » dont la naïveté serait inacceptable en français. L’oreille hexagonale serait attachée au sens des mots presque plus qu’a leurs musicalités. Il faut avouer que devant une Barbara la marche est haute pour ceux qui veulent attraper le stylo. Faire swinguer les mots comme Nougaro et jouer du double sens de Gainsbourg tout en sonnant British, c’est beaucoup.

Tout le monde est d’accord, il est difficile de sonner comme les Beatles en parlant comme Brel.

Et la pub dans tout ça?

Pour la pub, c’est une bénédiction. On peut utiliser un titre en anglais pour profiter de la modernité d’un morceau pop sans s’encombrer du sens des paroles qui compliquent la construction. Il est alors plus simple de faire passer le message promotionnel porté par une voix nécessairement française. Faire cohabiter une voix off et un titre chanté en français tournent rapidement à la réclame de type:  « heu-reu-se-ment il y a Findus ! » ou la chanson prend aussi la place de la voix off, ce qui exclu la possibilité d’en faire autre chose qu’une ode à l’offre commerciale.

Et pourtant quand Intermarché plonge dans nos racines musicales et lui fait de la place, ça marche!

Deux films marquent ce changement de ton. Le premier ou la mélodie du titre “L’amour, l’amour, l’amour” de Marcel Mouloudji et le sens des paroles de la chanson servent autant le film que la posture de la marque. Et le second ou Intermarché enfonce le clou et fait pleurer (à nouveau) dans les chaumières avec “j’ai tant rêvé” d’Henri Salvador, titre qui porte son conte de Noël à la sauce primeur.

Deux films qui permettent à Intermarché de toucher une terre musicale tellement peut exploré qu’elle en devient une découverte pour le public (et un peu pour les publicitaires il faut avouer).

 

On peut se demander légitimement si le groove est Français. Par contre, difficile de douter que la rythmique des mots et le sens porté par notre langue soit bien de chez nous. Il est temps de ranger nos anglicismes pédants et ressortir un dictionnaire, cette qualité hexagonale semble tendance…Joyeux Noël !