« Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui, » a dit Sacha Guitry. Une formule qui fait aussi référence à un point essentiel de la grammaire musicale et à une idée fondamentale du branding sonore : le silence.

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Le silence, c’est le creux qui définit la forme des sons que vous entendez.

Un élément qui crée la dynamique (différence entre les sons faibles et forts) et grâce à qui on ressent plus fortement les émotions.

C’est donc un outil magique pour redonner de l’impact à un message et parfois un peu de valeur à la vie quotidienne.

Pourtant le silence n’existe pas.

Paradoxe physique ! D’un monastère Himalayen aux tréfonds d’une forêt sibérienne, le silence absolu n’existe pas. Sans discontinuer, on entend une minuscule couche de son, un bruit parfois imperceptible qui est la marque du lieu qui le produit, son identité sonore. Un son résiduel mais crucial qui nous permet quotidiennement d’appréhender la nature de l’environnement qui nous entoure.
Ces résonances, ces échos sur les parois et les matières s’inscrivent dans une mémoire collective qui fait que certaine église pourtant silencieuse peuvent être aussi mémorisable qu’un titre des Beatles.

Je veux le silence !

On veut tous un peu de silence, mais le silence nous fait peur et notre société à du mal à lui faire de la place. Les bandes sons que l’on entend sur les divers médias disponibles en sont le reflet. Il signifie la mort ou le zéro de la communication pour certain, et pour d’autres, la promesse d’un espace de réflexion, d’une certaine spiritualité.

Dans la publicité par exemples, il est quasi inenvisageable. Être moins fort que les concurrents relève de la faute professionnel. Pour forcer un peu la main et rétablir la dynamique dans les bandes sons, les professionnels de l’audio légifère par des normes techniques, mais la lutte est inégale entre le toujours plus fort apprécié par l’annonceur et la réception du message dans la vraie vie.

On note les efforts des diffuseurs, mais le niveau était tellement haut, que malgré les normes, le public ne se rend pas compte des améliorations. La publicité reste fatigante à l’oreille par son manque de dynamique.

Le silence est un luxe.

Le silence est d’or, puisqu’il est rare. Il a disparu de l’univers de la communication qui déteste le vide, mais il est devenu un argument de vente imparable. Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont accès au silence et ceux qui restent dans le bruit.

Le calme, la sérénité c’est la classe « Prémium ». Dans le voyage c’est flagrant : classe business contre classe économique, salons privés contre foule dans les salles d’attentes. Mais le phénomène se réplique aussi dans l’organisation du travail ou l’open-space s’oppose aux bureaux fermés ou encore dans l’habitat où la maison donne droit à plus de calme que l’appartement.

Notre monde privatise ce silence et le vend à ceux qui peuvent se l’offrir.

C’est un avantage quotidien énorme. Une simple chambre silencieuse (environ 30 dB) permet un repos plus réparateur, et une chambre d’hôpital calme augmente de 10% les chances de rémission d’un patient. Où que l’on introduise du silence, il nous apporte. Barack Obama (encore quelque mois chef du monde libre) déclare en profiter chaque jour pour faire le point et garder le cap.

À nous de reprendre possession de ce rien qui apporte beaucoup.