Emeric Ernoult a fondé Agorapulse pour simplifier la gestion des réseaux sociaux en entreprise. Tout passe par les API des plateformes, celle de X en particulier. La facture a longtemps été supportable. Quelques milliers de dollars, puis 49 000 par mois. Cher, mais le business tournait. Au printemps 2025, X envoie un nouveau tarif. 250 000 dollars par mois et treize jours pour accepter. À ce prix-là, Agorapulse ne survivait pas.

Le tribunal ne mâche pas ses mots

Ernoult a porté l’affaire devant le Tribunal des activités économiques de Paris. Jugement rendu le 7 mai 2026. La hausse est qualifiée de disproportionnée. Dix ans de relation commerciale rompus brutalement. Les juges relèvent aussi que X réclamait les chiffres financiers d’Agorapulse pour justifier son tarif, mais n’a jamais montré comment ces données entraient dans le calcul.

Agorapulse ne peut aller chercher les données de X nulle part ailleurs. Quand il n’existe aucune alternative, le fournisseur ne fixe plus un prix, il impose un tribut.

X condamné à revenir au tarif antérieur

La décision oblige X à maintenir l’accès API au tarif de 49 000 dollars par mois pendant quinze mois.

  • La plateforme doit aussi régler 50 000 euros de frais de justice.
  • Pour Agorapulse, le jugement représente une économie de plus de 3 millions d’euros.

X avait tenté de renvoyer l’affaire devant les tribunaux irlandais en s’appuyant sur ses clauses contractuelles. Le tribunal parisien a refusé. Il a estimé que Twitter France fait partie d’une unité économique avec le reste du groupe et que le préjudice a été subi sur le sol français.

Emeric Ernoult se dit satisfait, mais lucide. Ce jugement offre un répit et non une solution définitive. La hausse de 2025 avait déjà forcé l’entreprise à se séparer de 23 salariés.

Un signal pour tout l’écosystème tech

Ce jugement dépasse le cas d’Agorapulse. Des milliers de startups européennes dépendent d’API contrôlées par des plateformes américaines. Toutes peuvent voir leurs tarifs, leurs conditions et leurs règles du jeu changer du jour au lendemain. Le tribunal parisien vient de poser un principe. Quand une plateforme devient incontournable, son pouvoir tarifaire a des limites.

Ce jugement rappelle les débats sur les concessions ferroviaires au XIXe siècle. Celui qui contrôle le point de passage contrôle le marché. Les API endossent ce rôle aujourd’hui. De plus, la justice française vient de rappeler qu’un monopole de fait, même numérique, peut être encadré par le droit.