Quand on met 40 milliards de dollars sur la table pour une entreprise dont on est aussi le fournisseur d’infrastructure, on dépasse le stade de l’investissement classique. Ce que Google vient de signer avec Anthropic ressemble davantage à un pacte industriel.

10 milliards fermes et 30 milliards conditionnés

Google engage 10 milliards de dollars en se basant sur une valorisation d’Anthropic à 350 milliards. Les 30 milliards qui restent suivront uniquement la startup atteint certains objectifs de performance, lesquels n’ont pas été rendus publics. Google avait déjà injecté environ 3 milliards dans Anthropic, dont l’essentiel remonte à 2023.

L’opération s’inscrit dans un calendrier chargé. Lundi, Amazon a confirmé un nouvel apport de 5 milliards, après 8 milliards déjà versés, avec une option pour acquérir 20 milliards d’actions supplémentaires. Anthropic avait également levé 30 milliards en février dernier. Et début avril, un accord avec CoreWeave est venu s’ajouter à la pile. En quelques semaines, la startup fondée par Dario Amodei a sécurisé un matelas financier qui ferait pâlir certains groupes du CAC 40.

Le nerf de la guerre reste la puissance de calcul

Anthropic n’arrive plus à servir tout le monde. Depuis plusieurs semaines, les utilisateurs de Claude tombent régulièrement sur des plafonds d’utilisation, symptôme d’une infrastructure sous-dimensionnée par rapport au succès du produit.

L’accord avec Google comprend un volet matériel décisif, Google Cloud va mettre à disposition l’équivalent de 5 GW, étalés sur la période 2026/2031, avec possibilité d’une extension. Anthropic accède notamment aux TPU de Google, ces puces spécialisées dans l’IA qui représentent l’une des rares alternatives crédibles aux GPU de Nvidia. Un partenariat précédent avec Google et Broadcom, annoncé début avril, prévoyait déjà 3,5 gigawatts de capacité TPU à partir de 2027.

Partenaire et concurrent, une contradiction assumée

Google développe Gemini, le concurrent direct de Claude. Et pourtant, il finance massivement l’entreprise qui le bat sur plusieurs benchmarks. Google investit dans Anthropic pour qu’Anthropic achète du cloud Google. L’argent sort d’une poche et rentre dans l’autre, avec une startup au milieu qui monte en puissance.

Ce schéma n’est pas nouveau (Amazon fait la même chose avec AWS), mais son ampleur atteint un niveau inédit. Et pendant ce temps, OpenAI prévoit de dépenser environ 600 milliards de dollars d’ici 2030 pour sécuriser son propre accès au calcul.

Ni Anthropic ni OpenAI ne sont rentables. Bloomberg rapporte qu’Anthropic envisagerait une introduction en Bourse dès octobre.