Le Digital Markets Act avance ses pions. Un an après son entrée en application, la Commission européenne durcit le ton face à Google avec une série d’exigences précises. La firme doit ouvrir l’accès aux données de classement, aux requêtes, aux historiques de clics et aux données de visualisation, au profit de tout concurrent qui en ferait la demande dans des conditions jugées équitables et non discriminatoires.
La décision finale doit tomber avant la fin juillet. Entre-temps, une consultation publique court jusqu’au 1er mai dans le but de recueillir les observations des parties prenantes (industriels, associations, concurrents) avant que Bruxelles n’ajuste ses mesures définitives.
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Une ouverture qui va bien au-delà des moteurs de recherche
La Commission inclut explicitement les chatbots dotés de fonctions de recherche dans la liste des bénéficiaires potentiels. ChatGPT, Perplexity ou n’importe quel assistant IA qui interroge le web pour répondre à ses utilisateurs pourrait ainsi accéder au corpus de données qui fait la puissance de Google Search depuis vingt-cinq ans.
Les données de recherche représentent une matière première aussi stratégique pour le développement de l’IA que pour la concurrence des moteurs classiques. C’est donc le nerf de la guerre ! Le fait de restreindre leur accès revient, selon la Commission, à verrouiller une économie au profit d’un seul acteur.
Google contre-attaque sur le terrain de la vie privée
La réponse de Mountain View n’a pas tardé. Clare Kelly, directrice juridique du groupe, a opposé un argument défensif que Google compte visiblement pousser jusqu’au bout. En effet, livrer ces données à des tiers reviendrait à exposer des informations personnelles sensibles (questions de santé, situations financières, vie familiale) avec des garanties de protection qu’elle juge dangereusement insuffisantes. Elle accuse la Commission de dépasser son mandat.
L’argument est habile, mais il arrive dans un contexte difficile pour Google. En septembre 2025, l’entreprise a écopé d’une amende de 2,95 milliards d’euros pour des pratiques anticoncurrentielles liées à sa régie publicitaire. Plusieurs autres enquêtes DMA sont parallèlement ouvertes. Et en janvier dernier, Bruxelles avait déjà mis Google en demeure d’ouvrir Android aux assistants IA rivaux. Ils devaient jouir des mêmes droits d’intégration que Gemini sur les smartphones.
Si la recherche web, le système mobile ainsi que l’IA générative sont verrouillés dans un même écosystème contrôlé par Google, l’entreprise devient le passage obligé entre les utilisateurs et l’ensemble de l’économie numérique. Le DMA cherche précisément à empêcher cette situation.
