Des chercheurs de l’UCLA, du MIT, de Carnegie Mellon et d’Oxford n’ont pas cherché à faire dans la nuance. L’étude s’est déployée en trois temps. Premier groupe de 350 Américains face à des équations de fractions. La moitié accède à un chatbot construit sur GPT-5, l’autre groupe travaille seul. À mi-parcours, l’accès au chatbot est brutalement coupé pour le groupe assisté.

La chute est immédiate, moins de bonnes réponses et surtout beaucoup d’abandons. L’expérience est reproduite avec 670 participants, puis une troisième fois sur des questions de compréhension de texte. Les résultats ne bougent pas d’un millimètre.

Dix minutes pour créer une véritable dépendance à l’IA

Ce chiffre devrait interpeller les directeurs pédagogiques, les RH et même les parents, dont les enfants ont délaissé les livres. Dix minutes, c’est le temps qu’il faut, selon les chercheurs, pour que le cerveau commence à reconfigurer ses attentes. Une fois habitué à déléguer le raisonnement, il résiste à reprendre le travail seul. Pas parce qu’il ne sait plus, mais parce qu’il ne veut plus essayer.

Rachit Dubey, professeur associé à l’UCLA et co-auteur de l’étude, nous explique que les personnes refusent d’essayer. L’effort ne fait donc plus partie de notre quotidien !

Qu’est-ce que l’effet grenouille ?

Les auteurs mobilisent une analogie connue, l’effet grenouille ébouillantée. Chaque délégation d’une tâche cognitive à un chatbot semble anodine dans un premier temps surtout si elle est unique. Cumulées sur des mois, ces micro-abdications creusent une érosion que personne ne perçoit en temps réel et qui, une fois visible, sera difficile à corriger.

Les participants qui utilisaient l’IA pour obtenir des indices ou clarifier une démarche s’en sortaient nettement mieux, une fois privés d’assistance, que ceux qui lui sous-traitaient directement les réponses. La façon dont on interagit avec l’outil change fondamentalement ce qu’il fait au cerveau.

L’étude n’a pas encore été soumise à l’évaluation par les pairs. Elle s’inscrit dans un corpus de recherches croissant, dont une étude HBR sur le brain fry chez les salariés qui exploitent l’IA à temps plein.

Dans de nombreux domaines, l’IA a pris ses aises. Il suffit de la tester une fois, de voir son efficacité pour comprendre qu’elle fera partie de notre quotidien. Les plus jeunes sont pratiquement nés avec l’intelligence artificielle et les dégâts cognitifs seront considérables sur le long terme.