Le rapport est dramatique et il est tombé le 14 avril. Mille cinq cents jeunes ont été interrogés, de 7 à 19 ans, par Ipsos BVA pour le compte du Centre national du livre. Il s’agit de la cinquième édition d’une étude devenue, au fil des années, le baromètre le plus redouté du secteur culturel français. Et cette fois encore, les professeurs qui voient leurs classes décrocher n’ont pas rêvé.
En moyenne, un jeune Français ouvre un livre dix-huit minutes par jour pour ses loisirs. Huit minutes en moins par rapport à 2016. En face, trois heures sur les écrans et chez les 16/19 ans, la barre des cinq heures est franchie sans effort. Le ratio atteint un rapport d’un à dix.
Le cerveau est pris en otage avant même d’avoir fini de se former
La présidente du CNL Régine Hatchondo résume le mécanisme mieux que n’importe quel neuropsychologue ne le ferait dans un amphithéâtre. La décharge de dopamine selon elle est immédiate, mais le cerveau est pratiquement mort. Par contre, avec la lecture, le cerveau reste en éveil, mais il faut fournir un effort.
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La qualité de l’attention s’effondre en même temps que le volume.
- Quatre jeunes sur dix font autre chose pendant qu’ils lisent, ce chiffre monte à 67% chez les 16/19 ans.
- La lecture devient un bruit de fond, un décor, pendant que les notifications continuent de pilonner.
- 68% des adolescents de 16/19 ans ont généralement bien compris le dernier livre qu’ils ont pu lire pour l’école.
- Chez les 7/12 ans, la même question obtient 85% de réponses positives.
Nous comprenons alors que la compréhension se dégrade exactement là où l’exposition aux écrans s’intensifie.
Les derniers bastions tombent un à un
Les filles, longtemps considérées comme le segment le plus résistant, cèdent du terrain. 28% d’entre elles lisent peu ou pas du tout, cinq points de plus en deux ans. Les enfants de familles aisées ne sont plus une exception, 18% n’ouvrent jamais un livre hors contexte scolaire. Et les 7/12 ans, ce groupe qui résistait jusqu’ici mieux que les autres, décrochent à leur tour.
Le smartphone arrive dans les mains des enfants à 11 ans et quatre mois en moyenne.
Des dispositifs qui ne suffisent pas
Face au constat, les outils publics existent comme le Quart d’heure de lecture en classe, le Pass Culture utilisé par trois quarts des 15/19 ans pour acheter des livres. C’est clairement insuffisant. Un tiers des 16/19 ans ne lit plus même pour ses loisirs. Quand les rares qui s’essaient encore s’arrêtent au bout de moins de trente minutes pour 62% d’entre eux, la capacité de concentration a déjà été abîmée. N’oublions pas qu’il existe même des IA qui lisent des histoires aux enfants.
Depuis 2016, chaque édition étudie la même tendance, avec la même fatalité. On mesure, on publie, on s’alarme et le ratio ne bouge pas. Peut-être que le vrai problème n’est pas le manque de données, c’est le manque de volonté d’agir là où ça fait vraiment mal à savoir les modèles économiques des plateformes.
