Moyenne d’âge, 17 ans. Deux d’entre eux avaient 13 et 14 ans. Des garçons, dans l’écrasante majorité. Domiciliés en France, en zone urbaine, souvent dans des maisons individuelles. Rien à voir avec l’image du cybercriminel professionnel que la fiction nous vend depuis vingt ans.

Ils n’ont même pas le bac

Ces adolescents ne fréquentent pas de réseau structuré. Ils se retrouvent sur des forums fermés, derrière des pseudos, dans un microcosme où la valeur de quelqu’un se juge au nombre de failles exploitées et de bases de données revendues. Les enquêteurs du Sirasco emploient un terme qui revient dans toute la note, socialement isolés. Leur monde tient dans un écran. L’école, la famille, les amis du quartier passent au second plan.

Et pourtant, les dégâts qu’ils provoquent n’ont rien de virtuel. Le Sirasco considère que ces vols de données alimentent désormais toutes les formes de délinquance classique, du cambriolage ciblé à l’escroquerie téléphonique. Le gamin qui pirate ne sait pas toujours à qui il vend. Mais ceux qui achètent, eux, savent très bien quoi en faire.

Notoriété en ligne et argent bien réel

La double motivation revient dans tous les dossiers. Frapper une cible visible pour se faire un nom dans la communauté puis monétiser le butin.

  • Entre février et mars 2025, 13 bases de données de fédérations sportives et chaînes de restauration ont été concernées.
  • Plus de 3 millions d’utilisateurs touchés.
  • L’auteur présumé avait 17 ans.
  • La Fédération Française de Tir a vu les données de ses 300 000 licenciés mises en vente pour 10 000 euros sur BreachForums.

En décembre, des services du ministère de l’Intérieur ont été ciblés. Trois suspects interpellés, âgés de 16, 20 et 22 ans. Un mineur de 15 ans a aussi été arrêté récemment pour le piratage de l’ANTS et ses 12 millions de comptes exposés.

Les données volées irriguent toute la délinquance

Le vol de données serait devenu un catalyseur d’actions criminelles. Les informations ne restent pas dans le monde numérique. Les fichiers de la fédération de tir peuvent servir à repérer des détenteurs d’armes pour des cambriolages ciblés. D’autres bases alimentent des escroqueries téléphoniques ou des séquestrations de propriétaires de cryptomonnaies.

Le piratage devient la porte d’entrée. Un ado qui vole une base de données dans sa chambre dévoile sans forcément le savoir, la matière première à des réseaux de délinquance bien plus structurés.

Les ados doués en informatique existent depuis toujours. Quelque chose a toutefois changé, il s’agit de la facilité d’accès aux outils et l’existence d’un marché noir où n’importe quelle base trouve preneur en quelques heures.