À Los Angeles, un procès inédit sur l’addiction aux réseaux sociaux entre dans une phase décisive. Après l’audition de Mark Zuckerberg la semaine dernière, c’est désormais YouTube qui doit défendre son modèle.
Une jeune femme américaine, Kaley G.M., aujourd’hui âgée de 20 ans, tient notamment la plateforme responsable de troubles de santé mentale. L’affaire pourrait faire jurisprudence aux États-Unis et peser sur des milliers d’autres plaintes similaires. L’issue de ce procès pourrait remettre en cause la conception même des produits numériques et leur capacité à encourager des usages compulsifs…
Un objectif d’un milliard d’heures par jour
Comme le rapporte France24, à la barre, Cristos Goodrow, vice-président en charge de l’ingénierie chez YouTube, a rejeté l’idée selon laquelle la plateforme serait conçue pour rendre les utilisateurs dépendants.
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Selon lui, « YouTube n’est pas conçu pour maximiser le temps« , a-t-il déclaré devant le tribunal civil de Los Angeles, car l’objectif de la plateforme est d’apporter « le plus de valeur possible » aux spectateurs.
Pourtant, l’avocat de la plaignante, Mark Lanier, a produit un document interne datant de 2013 fixant le cap clair : atteindre un milliard d’heures de visionnage quotidien d’ici 2016, avec un seuil qui a été atteint, puis dépassé en 2024.
Ainsi, l’argument de l’accusation repose sur cette ambition chiffrée, présentée comme révélatrice d’une stratégie centrée sur l’engagement massif.
Mark Lanier a également insisté sur le rôle des fonctionnalités déployées au fil des années, comme les recommandations personnalisées, la lecture automatique des vidéos, l’intégration de la publicité, ou encore YouTube Kids, la version dédiée aux enfants. Autant d’éléments susceptibles, selon lui, d’alimenter un « tapis roulant de consultation continue« .
Un verdict attendu pour le mois de mars
Face à ces critiques, Cristos Goodrow a défendu l’algorithme de recommandation de YouTube, qu’il considère plus pertinent qu’une grille de programmes télévisés classique. Selon lui, un utilisateur qui multiplie les défilements sans trouver de contenu pertinent traduit un échec du système, et non une réussite.
Il a également rappelé l’existence de garde-fous, comme les rappels pour faire une pause ou les minuteurs de visionnage, notamment pour les plus jeunes. « Nous ne voulons que personne soit dépendant de quoi que ce soit« , a-t-il affirmé.
Le procès doit se poursuivre jusqu’à fin mars. A l’issue du procès, le jury devra déterminer si YouTube et Instagram portent une part de responsabilité dans les troubles évoqués par Kaley G.M., utilisatrice de YouTube dès l’âge de six ans, puis d’Instagram à neuf ans.
Si Snapchat a déjà conclu un accord à l’amiable, comme cela a aussi été le cas pour TikTok récemment, cette affaire pourrait redéfinir les contours de la responsabilité des plateformes face aux usages intensifs des plus jeunes.
