Netflix avait jusqu’ici largement échappé aux offensives judiciaires qui visent les géants technologiques américains. Le Texas vient de changer la donne. Ken Paxton a déposé une assignation devant un tribunal civil près de Dallas dans le but d’attaquer frontalement le service de streaming sur deux terrains complémentaires.

Des données collectées en masse, puis monétisées

Ken Paxton s’attaque à la façon dont Netflix traite les informations personnelles de ses abonnés. Sur son site, la plateforme au logo rouge affiche un discours rassurant sur la collecte. Le procureur décrit une réalité bien différente.

Netflix engrangerait en fait des quantités massives de signaux sur les habitudes de visionnage, les préférences, les interactions. Ces données ne dormiraient pas dans un serveur. Elles alimenteraient des campagnes publicitaires, serviraient à des firmes de marketing. Elles finiraient même entre les mains de sociétés qui évaluent la solvabilité des emprunteurs.

Une interface pensée pour retenir l’attention

Le procureur ne s’arrête pas aux données. Il accuse Netflix d’avoir délibérément conçu son interface pour booster le temps passé devant l’écran. La lecture automatique, qui enchaîne les épisodes sans intervention de l’utilisateur, se retrouve en tête des griefs. La fonctionnalité est activée par défaut, même si chacun peut la couper manuellement.

Le Texas s’inscrit dans un mouvement judiciaire plus large. Début 2026, un jury de Los Angeles avait jugé Meta et Google coupables d’avoir enfermé leurs utilisateurs dans des mécaniques addictives sur Instagram et YouTube. Les avocats avaient alors trouvé un angle assez malin pour contourner la fameuse Section 230. C’est le bouclier juridique qui protège habituellement les plateformes contre une mise en cause liée aux contenus publiés par des tiers.

Cinq griefs et des amendes potentiellement lourdes

Les cinq griefs retenus tournent tous autour de la tromperie commerciale. Ken Paxton invoque le DTPA (Deceptive Trade Practices Act), une loi texane qui prévoit 10 000 dollars de pénalité pour une infraction constatée. Multipliée par le nombre d’abonnés texans potentiellement concernés, l’addition pourrait devenir vertigineuse.

Netflix rejette la procédure en bloc. Un porte-parole a pointé des éléments erronés et sortis de leur contexte. Le groupe assure respecter les législations sur la protection des données dans tous les pays où il opère.

Le fond du problème dépasse largement le Texas. Après les réseaux sociaux, le streaming entre dans le viseur des procureurs. La question posée devient de plus en plus inconfortable pour l’ensemble du secteur. Où finit la personnalisation de l’expérience utilisateur et où commence la manipulation ?