On savait déjà que TikTok et Instagram monopolisaient l’attention des jeunes. Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Research on Adolescence va plus loin. En effet, elle établit un lien direct entre l’usage intensif des réseaux et des difficultés en lecture sur plusieurs années.

Que dit cette étude inquiétante ?

Plus de 10 000 enfants, dès l’âge de 10 ans, ont été suivis pendant six ans dans le cadre d’un programme de recherche sur le développement cognitif de l’adolescent. Le résultat est net, une utilisation fréquente des réseaux sociaux coïncide avec un ralentissement du développement des capacités cristallisées. C’est un terme qui regroupe les compétences acquises par l’expérience, la lecture, les interactions culturelles et sociales. Reconnaissance des mots, prononciation, compréhension écrite, à ce niveau, le bât blesse.

Si les jeunes progressent globalement dans leurs capacités cognitives, ceux qui passent le plus de temps sur les plateformes sociales voient cette progression ralentie de façon significative sur quatre ans.

Le temps passé en ligne remplace autre chose

Une heure passée à défiler sur un feed est une heure de moins à lire un livre, à avoir une conversation en face à face, à absorber un vocabulaire plus riche que celui des commentaires sous une vidéo virale.

L’usage intensif des abréviations, du langage codé et du format ultra-court propre aux réseaux finit par modeler les habitudes linguistiques. Ce n’est pas toujours dans le bon sens.

Tout n’est toutefois pas noir !

L’étude note aussi des bénéfices. Les jeunes très actifs en ligne développent une rapide capacité de traitement de l’information et accèdent à un spectre de connaissances plus large. Les réseaux sociaux ne sont pas un désert cognitif, ils forment d’autres compétences. Il faut toutefois adopter un vrai équilibre.

Les enfants issus de milieux défavorisés passent davantage de temps devant les écrans que leurs pairs plus aisés. L’étude souligne que les impacts négatifs pourraient donc aggraver les inégalités scolaires déjà existantes. Cela creuserait un fossé lié au statut socio-économique.

Interdire les réseaux sociaux ne suffit pas

Faut-il bannir les réseaux aux mineurs ? Les auteurs ne vont pas jusque-là. Ils préconisent plutôt d’exposer les jeunes à des contenus plus exigeants linguistiquement. Il faut encourager une consommation modérée des plateformes.

Car l’interdiction seule ne change rien, un ado banni de TikTok migre vers une autre appli.