44% des musiques déposées tous les jours sur Deezer sont générées par l’intelligence artificielle. Cela concerne 75 000 titres quotidiens, plus de deux millions par mois. Deezer l’a officialisé dans un communiqué qui dévoile une trajectoire vertigineuse et qui soulève des questions bien plus profondes que la seule concurrence entre créateurs humains et machines.

Une courbe qui ne connaît pas le plateau

Pour mesurer l’ampleur de l’accélération, il faut remonter quelques mois en arrière.

  • En janvier 2025, Deezer signalait 10 000 titres IA par jour.
  • En avril, 20 000.
  • En septembre, 30 000.
  • En janvier 2026, 60 000.
  • Aujourd’hui, 75 000.

En quinze mois, le volume a été multiplié par sept. Et rien n’indique que la courbe va s’aplatir, les outils comme Suno, Udio ou Lyria 3 de Google deviennent moins chers et plus accessibles à mesure que les modèles se perfectionnent.

En novembre 2025, Deezer et Ipsos avaient soumis à des auditeurs trois titres, deux générés par IA, un par un humain. 97% des personnes n’ont pas pu différencier l’artificiel du réel.

Le streaming, un terrain de fraude industrielle

La grande majorité de ces dépôts n’ont pas vocation à être écoutés par de vraies personnes. Ils sont générés en masse, mis en ligne, puis streamés par des bots pour capter des micro-paiements de droits. 85% des écoutes de titres IA détectés par Deezer sont identifiées comme frauduleuses et démonétisées. Au fond, les IA créent de la musique pour d’autres IA, dans une boucle économique qui ne laisse aucune place à l’humain.

Malgré le volume colossal d’uploads, la musique IA ne représente que 1 à 3% des streams au total sur la plateforme. Non parce que les auditeurs la rejettent consciemment, ils ne la différencient pas, mais parce que Deezer l’exclut automatiquement des recommandations et des playlists éditoriales. La visibilité est bloquée à la source.

Le reste du secteur est à la traîne

Deezer a été la première plateforme de streaming à étiqueter explicitement les titres IA, en juin 2025. Depuis, Qobuz a annoncé vouloir faire de même. Spotify et Apple Music avancent sur des méthodes hybrides, filtres anti-spam combinés à des engagements de transparence laissés aux distributeurs.

Pendant ce temps, une chanson entièrement générée par IA a tutoyé le sommet des charts iTunes la semaine dernière aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, au Canada et en Nouvelle-Zélande. Le débat sur la place de l’IA dans les classements officiels n’est plus théorique. 52% des sondés par Deezer estiment que ces titres ne devraient pas figurer aux côtés des créations humaines dans les palmarès grand public.