Un distributeur de jeux vidéo dont le modèle physique est en voie d’extinction tente de racheter un géant du e-commerce quatre fois plus gros que lui. Sur le papier, cela ressemble à un pitch de film. Sauf que Ryan Cohen, le patron de GameStop, ne plaisante pas.
Une offre hostile et construite en silence
GameStop a révélé qu’il empilait discrètement des titres eBay depuis début février. Le groupe contrôle désormais environ 5 % du capital et propose 125 dollars par titre (moitié en cash, moitié en actions), ce qui représente une prime de 46 % par rapport au cours moyen sur la période d’achat.
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Montant total de l’opération, 55,5 milliards de dollars, soit environ 47 milliards d’euros.
Pour financer un tel coup, Cohen brandit deux armes.
- 9,4 milliards de dollars de trésorerie disponible au 31 janvier, un matelas composé en grande partie grâce aux épisodes boursiers délirants de 2021 et aux achats de bitcoin de 2025.
- Une lettre d’engagement de TD Bank qui porte sur 20 milliards de dette supplémentaire. Le reste viendrait de l’échange d’actions GameStop.
Le plan est de tailler dans le gras d’eBay
Deux milliards de dollars d’économies annuelles promises dès la première année, 1,2 milliard sur le marketing et les ventes, 300 millions sur le développement produit, 500 millions sur les frais généraux. Des coupes qui feraient mécaniquement bondir le bénéfice par action d’eBay de 4,26 à 7,79 dollars.
Il voit dans eBay une machine sous-exploitée qui, une fois dégraissée et recentrée, pourrait peser plusieurs centaines de milliards de dollars. C’est un pari audacieux.
Ryan Cohen menace de passer en force
Si la direction d’eBay refuse de discuter, Cohen a prévenu qu’il irait directement chercher l’adhésion des actionnaires. L’assemblée générale est calée en juin, mais la fenêtre pour déposer des résolutions est déjà fermée. Le bras de fer promet d’être tendu.
Ryan Cohen dirige GameStop depuis janvier 2021 et possède 9 % du capital. Sous sa gouverne, l’entreprise est passée de près de 400 millions de dollars dans le rouge à plus de 400 millions de bénéfices. Il travaille gratuitement (zéro rémunération, zéro prime, zéro indemnité de départ prévue au contrat), un profil qu’il oppose volontiers à celui des dirigeants de la tech traditionnelle.
GameStop, toujours imprévisible
Du phénomène Reddit de 2021 qui a mis à terre le fonds Melvin Capital (renfloué en catastrophe pour 2,75 milliards) à l’achat de 5 000 bitcoins en mai 2025, GameStop cultive l’inattendu. Tenter d’avaler une plateforme valorisée quatre fois plus que soi s’inscrit dans cette logique du coup de poker permanent. Reste à savoir si Cohen a réellement les cartes pour transformer eBay ou s’il joue encore un bluff de génie.
