Une épidémie de typhus à bord du Charles-de-Gaulle, des centaines de soldats américains tués dans une guerre en Iran. Le chancelier allemand qui s’achète secrètement un Boeing blindé contre les frappes nucléaires. Tout cela est faux. Et tout cela sort de la bouche du Chat quand on lui pose la question.
Un test et dix intox
NewsGuard, organisme spécialisé dans la surveillance de la désinformation, a soumis la version gratuite du chatbot de Mistral à dix fausses affirmations qui circulaient en ligne en mars 2026. Des récits fabriqués par des réseaux proches du Kremlin, de Pékin ou de Téhéran. Le Chat les a relayés dans 50 % des cas en anglais contre 56,6 % en français.
Le pire survient quand l’utilisateur ne cherche pas à manipuler l’IA, mais demande simplement des précisions sur une rumeur qu’il a vue passer. Dans ce scénario, le taux de répétition grimpe à 60 % en anglais contre 70 % en français.
Un internaute qui doute d’une info et se tourne vers Le Chat pour vérifier a donc sept chances sur dix de repartir avec la fausse version confirmée noir sur blanc.
Chine Labbé, responsable Europe de NewsGuard, estime que les contenus de vérification en français sur ces thèmes géopolitiques pèsent beaucoup moins lourd que leur équivalent anglophone. De ce fait, l’IA navigue dans un web francophone où la propagande a proportionnellement plus de place.
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La mécanique du piège
Lors d’un audit mené en janvier sur onze chatbots concurrents (ChatGPT, Claude, Perplexity compris), la moyenne du secteur tournait autour de 30 % de répétition de fausses informations. Mistral affichait déjà 50 %, le score le plus mauvais du lot.
Ces modèles absorbent le web en vrac, sans trier le fiable du toxique. Des réseaux comme Storm-1516 ou la galaxie Pravda exploitent cette faille en inondant Internet de faux sites d’actualité qui remontent ensuite dans les réponses des chatbots. Le Chat a même cité un article d’un site du réseau Pravda comme source lors du test. Il est difficile de faire pire comme signal d’alerte.
Le paradoxe du soutien étatique
Le ministère des Armées a signé un contrat avec Mistral en janvier pour équiper l’ensemble de ses directions. L’entreprise a aussi noué un partenariat avec l’AFP. Elle revendique plus d’un million d’adeptes réguliers.
Côté armée, la version déployée est payante et coupée du web, donc moins perméable aux intox. Toutefois, le grand public tombe sur la version gratuite, celle qui recrache de la propagande d’État une fois sur deux. Le label soutenu par la France crée une confiance que le produit, en l’état, ne mérite pas sur ce terrain précis. Mistral n’a pas voulu réagir à ce rapport. Par contre, le silence, à ce stade, ne rassure personne.