Lundi 11 mai, le collectif Algos Victima a franchi une nouvelle étape judiciaire. Représentées par l’avocate Laure Boutron-Marmion, ces familles ne se contentent plus de dénoncer. Elles veulent que la justice ajoute un chef d’accusation qui n’avait pas encore été retenu dans le dossier. Il s’agit de l’abus de faiblesse. Un délit pénal qui cible directement la méthode par laquelle la plateforme exploiterait la fragilité psychologique des mineurs.

L’algorithme au banc des accusés

Le parquet de Paris enquête depuis l’automne dernier sur TikTok. Le motif retenu est la propagande de moyens de se donner la mort. Le signalement initial venait du député Arthur Delaporte, à la suite d’une commission d’enquête parlementaire dont la rapporteure, Laure Miller, avait qualifié la plateforme d’océan de contenus néfastes. Elle mêlerait la violence sous toutes ses formes.

Une vidéo isolée sur l’automutilation ne crée pas à elle seule une spirale. Selon la plainte, le défilement continu couplé à des recommandations ultra-personnalisées enferme un adolescent vulnérable dans une boucle de plus en plus sombre. L’avocate parle de prisons mentales. Les familles décrivent des ados qui n’avaient rien cherché et se sont retrouvés captifs.

Moins d’une heure par jour de ce type de scrolling suffirait à dégrader l’état de santé d’un mineur, selon Maître Boutron-Marmion. Elle raconte avoir reçu lundi matin même l’appel d’un père dont la fille, hospitalisée, avait regardé des vidéos TikTok pour apprendre à se pendre.

TikTok rejette les accusations

La plateforme assure avoir déployé plus de cinquante fonctionnalités dédiées à la sécurité des adolescents. L’avocate des familles balaie ces arguments. Selon elle, TikTok fait dans le vernis sans jamais toucher au vrai fonctionnement de son algorithme de recommandation.

Une procédure civile en parallèle est en cours à Créteil. La première plainte européenne vise TikTok, notamment pour la provocation au suicide. Elle avait été déposée en septembre 2023.

La loi avance, mais tellement lentement

Le gouvernement prévoit d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans à la rentrée 2026. L’Assemblée nationale a voté le texte, mais le Sénat l’a modifié. Seuls les réseaux jugés susceptibles de nuire seraient pointés du doigt. Les autres seraient accessibles avec par contre l’accord des parents. Le projet doit encore repasser devant le Parlement et obtenir le feu vert de Bruxelles, qui pourrait le juger incompatible avec le droit européen.

En attendant que la loi tranche, les familles agissent avec les outils que le droit pénal leur donne. Quand un algorithme pousse des contenus mortifères vers des enfants fragiles pour booster leur temps d’écran, qui porte la responsabilité ?