Depuis plus d’une décennie, Facebook, Instagram, X ou encore TikTok structurent aujourd’hui la circulation de l’information et des contenus en ligne. Pourtant, face aux enjeux de souveraineté numérique et aux critiques croissantes sur la gestion des données personnelles, certaines voix en Europe plaident pour une alternative.

En effet, le 4 mars dernier, la Commission européenne a franchi une première étape en enregistrant officiellement une ICE (Initiative Citoyenne Européenne) baptisée European Public Social Network.

L’objectif serait de créer un réseau social public à l’échelle de l’Union européenne, financé par les citoyens et conçu pour fonctionner sans publicité ni exploitation commerciale des données. Si le projet reste encore à un stade préliminaire, il relance le débat sur la capacité de l’Europe à proposer ses propres infrastructures numériques…

Une plateforme publique pensée comme un service d’intérêt général

L’initiative, portée par deux citoyens tchèques, propose la création d’une plateforme sociale opérant selon une logique très différente de celle des services commerciaux. Le financement reposerait sur une contribution annuelle estimée à environ un euro par citoyen connecté à internet, soit quelques centimes par mois.

Concrètement, ce modèle vise à garantir l’indépendance de la plateforme, car contrairement aux réseaux sociaux traditionnels, il n’y aurait ni publicité, ni revente de données personnelles, ni pression d’actionnaires privés. L’ambition consiste à concevoir un service numérique qui fonctionne avant tout dans l’intérêt des utilisateurs et de la collectivité.

La transparence algorithmique serait également au coeur du dispositif, car plutôt qu’un fil d’actualité imposé par un algorithme opaque, les internautes pourraient choisir eux-mêmes la manière dont les contenus sont recommandés et affichés. L’idée est de limiter les effets de bulles informationnelles et de réduire la logique d’engagement maximal qui caractérise les plateformes actuelles.

Par ailleurs, les fausses informations ne seraient pas systématiquement supprimées, mais accompagnées d’explications ou d’avertissements permettant de contextualiser leur caractère inexact.

Une gouvernance institutionnelle et indépendante

Pour encadrer ce futur réseau social, le projet prévoit une gouvernance spécifique, avec une supervision qui serait confiée à des instances indépendantes nommées par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Ainsi, ce dispositif vise à garantir l’impartialité de la plateforme tout en limitant les interventions politiques directes.

Le développement technique pourrait, lui, associer plusieurs acteurs, comme des entreprises technologiques, des universités et des centres de recherche européens. L’objectif consiste à bâtir une infrastructure numérique solide tout en s’appuyant sur l’écosystème technologique du continent.

Cette proposition s’inscrit dans un contexte où l’Union européenne cherche à renforcer sa souveraineté numérique. Selon l’Eurobaromètre, 65 % des jeunes de 15 à 24 ans utilisent les réseaux sociaux comme principale source d’information, ce qui renforce les préoccupations autour de la désinformation et de la sécurité numérique.

Un projet encore théorique ?

Pour autant, l’enregistrement de l’initiative par la Commission ne signifie pas que le projet verra forcément le jour. Les organisateurs disposent désormais de six mois pour lancer la collecte de signatures, puis d’un an pour atteindre un objectif d’un million de soutiens issus d’au moins sept États membres.

Si ce seuil est atteint, la Commission européenne devra examiner la proposition et décider des suites à lui donner. Le projet d’un réseau social public européen reste donc hypothétique, mais il témoigne d’une réflexion de plus en plus active autour d’alternatives aux plateformes dominantes…