Stripe, entreprise de paiement numérique, a annoncé mercredi 15 mars avoir réussi un tour de table de 6,5 milliards de dollars. Afin de réaliser l’une des plus importantes levées de fonds des États-Unis, dans un contexte économique qui plus est morose, la start-up a dû, tout de même, diminuer sa valorisation, passant de 95 milliards de dollars à 50 milliards de dollars.

Stripe, l’indicateur de la santé financière de la Silicon Valley

Créé en 2009 à Palo Alto en Californie, Stripe est le chouchou de la Silicon Valley. La start-up offre une intégration simple et rapide de solutions de paiement en ligne. Elle est également reconnue pour son important support clientèle, un argument de poids pour les grandes entreprises faisant appel à elle. La jeune pousse compte de grandes entreprises parmi ses clients, notamment dans le domaine technologique, Amazon, Google ou encore tout récemment Open AI. Elle s’occupe des paiements et des abonnements de la start-up ayant créé les célèbres modèles GPT et Dall-E.

Depuis 2013, l’entreprise a accompagné la forte croissance du marché de l’e-commerce qui a culminé durant la pandémie. La période a fait exploser sa valorisation, passant de 35 milliards de dollars en 2019 à 95 milliards de dollars en mars 2021. Elle a ainsi décroché le statut de plus grosse licorne des États-Unis.

La position quasi-dominante de Stripe dans le secteur des paiements en ligne, ainsi que sa capacité à suivre les tendances grâce à son nombre important de clients, en font un indicateur de la santé financière des marchés selon les investisseurs et les analystes. Le volume élevé de transactions qu’elle traite chaque jour lui donne une visibilité inédite sur la situation économique de la Silicon Valley.

Justement. Aujourd’hui, les indicateurs économiques sont alarmants et le contexte économique est terne. Les grandes entreprises comme les petites effectuent des licenciements massifs pour résister à la tendance baissière des marchés. Meta a supprimé plus de 11 000 postes et va continuer en 2023, Amazon plus de 18 000 et Twitter s’est séparé de plus de la moitié de son effectif. Stripe n’est pas épargné, la start-up s’est séparée de 14 % de ses salariés en novembre 2022.

L’entreprise doit obtenir des liquidités. Lors de sa création, pour attirer les meilleurs talents, l’entreprise a offert des actions et des stock-options comme prime à l’embauche. Cependant, ces actions arrivent à expiration cette année et Stripe doit les racheter afin de les conserver.

Cette opération représente plusieurs milliards de dollars, obligeant la start-up à lever les fonds dont elle a besoin. Un tour de table a donc eu lieu cette semaine en présence, selon le Financial Times, avec des investisseurs déjà présents au capital de l’entreprise, notamment les milliardaires Peter Thiel, Joshua Kushner et Andreessen Horowitz, ainsi que deux nouveaux bailleurs de fonds singapouriens. Stripe a réussi à lever 6,5 milliards de dollars, contre 2,5 milliards de dollars escomptés en janvier. Afin de réussir à obtenir une telle somme dans ce contexte si particulier, l’entreprise a dû diviser sa valorisation par deux.

John Collison, cofondateur et président de Stripe, a souhaité présenter l’opération comme une aide pour ses employés, « Au cours des douze dernières années, les salariés actuels et anciens ont aidé à construire des infrastructures économiques fondamentales pour des millions d’entreprises à travers le monde, et cette transaction leur donne la possibilité d’accéder à la valeur qu’ils ont contribué à créer ».

La stratégie de Stripe pourrait être le début d’une tendance sur le marché financier. D’autres start-up, en recherche de fonds dans une économie compliquée seraient tentées d’imiter le chouchou de la Silicon Valley. John Collison de son côté affiche son optimisme sur la situation et l’avenir, « L’économie de l’ère d’internet est encore jeune, et les opportunités des 12 prochaines années éclipseront celles d’aujourd’hui. Il y a tant à découvrir et à créer. Pour nous, il s’agit maintenant de se remettre au travail ».