Le Japon et les Pays-Bas sont deux pays stratégiques dans l’économie mondiale de semi-conducteurs. Leurs entreprises, avec quelques concurrents américains, sont les seules à fournir des outils de fabrications des composants les plus avancés. Menant une politique agressive pour en restreindre l’accès à la Chine, Joe Biden a rencontré les chefs de gouvernements des deux pays, Fumio Kishida et Mark Rutte à la mi-janvier pour obtenir leur soutien.

Un accord attendu fin janvier

Les comptes rendus de la Maison-Blanche de ces rencontres sont plutôt laconiques sur la question des semi-conducteurs. La déclaration commune entre le Japon et les États-Unis l’évoque au détour une phrase sur la protection et la promotion des technologies critiques. Dans le texte publié après la visite de Mark Rutte, le terme n’est pas utilisé, même s’il est fait mention de discussion sur « l'importance des chaînes d'approvisionnement sécurisées et des technologies critiques pour notre sécurité nationale et notre prospérité économique ». La Voix de l’Amérique (VOA), réseau de radio international directement contrôlé par Washington, évoque une absence de progrès à la suite de la rencontre entre le Premier ministre néerlandais et le président américain.

L’absence d’avancée concrète n’a rien de surprenant, elle était annoncée avant les deux sommets. Ce ne serait que partie remise à en croire les informations de Bloomberg. Le média américain évoque la perspective d’un accord finalisé d’ici la fin du mois entre les deux pays et les États-Unis.

Le ralliement du Japon et des Pays-Bas à la politique américaine extrêmement rigoureuse de limitation des exportations de produits et technologies vers la Chine serait un véritable coup dur pour Pékin. Avec l’entreprise ASML Holding NV, le pays européen dispose seul du savoir-faire nécessaire à la construction des machines utilisées pour fabriquer les semi-conducteurs les plus avancés. Avec quelques sociétés américaines, Tokyo Electron vend des machines d’un type différent, mais tout aussi important. Tout l’enjeu est désormais de déterminer à quel point le Japon et les Pays-Bas vont suivre les mesures américaines prises en octobre et particulièrement strictes.

Les États-Unis cherchent activement du soutien pour restreindre l’accès de la Chine aux semi-conducteurs avancés

Les diplomates américains s’échinent à faire le siège de La Haye pour obtenir un alignement du pays, avec un succès mitigé. Des membres du gouvernement ont manifesté une pointe d’agacement devant les pressions outre-Atlantique, évoquant les intérêts économiques du pays. La Chine représente environ 15 % des revenus d’ASML. L’entreprise applique déjà des limitations à l’export pour ses machines permettant de graver des puces sous les 14nm. Sa direction, tout en assurant pouvoir se passer du marché chinois, estime que le format de gravure de 14nm étant déjà très répandu, élargir les restrictions ne changera rien.

Du côté du pays du soleil levant, les prises de paroles officielles sont plus encourageantes pour Washington. Yasutoshi Nishimura, ministre de l’Économie du Japon, a affirmé son intention de collaborer avec les Américains au début du mois. Bloomberg rapporte que Akira Amari, membre du Parti libéral-démocrate au pouvoir, fer de lance de la politique de réindustrialisassion du pays dans le domaine des semi-conducteurs, a déclaré le 20 janvier « Nous devons nous joindre aux États-Unis pour mettre fin aux exportations de puces de pointe qui peuvent être détournées à des fins militaires ». Il a précisé que les mesures prises ne devaient pas nuire à la stabilité économique mondiale. La situation de Tokyo Electron est, elle, déjà perturbée. L’entreprise écoule un quart de ses produits en Chine.

La signature d’un accord fin janvier devrait rassurer les représentants américains du secteur comme Applied Materials, Sam Research Corp et KLA Corp. Dès l’instauration des restrictions strictes d’exportations de l’administration Biden en octobre, beaucoup s’étaient plaintes de se voir pénaliser au détriment de leurs concurrents européens ou asiatiques. Le département du Commerce leur a offert d’exprimer leurs commentaires sur la question jusqu’à la fin janvier, une période qui tombe plutôt bien.