« La coopération dans un monde fragmenté », la thématique de la 53e édition du Forum économique mondial de Davos, organisé du 16 au 20 janvier, semble particulièrement à propos. À la tribune, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a appelé les grandes économies à travailler ensemble à la transition écologique, sans pour autant chercher à nuire à leurs partenaires.

La perspective d’une guerre commerciale avec les États-Unis dont l’Union européenne ne veut pas

Les États-Unis ont adopté à la mi-août l’Inflation Reduction Act (IRA), un texte controversé, en particulier à Bruxelles. Ce plan de 369 milliards de dollars (340 milliards d’euros), l’un voire le plus ambitieux projet écologique entrepris par Washington, vise à favoriser l’investissement dans les énergies vertes, mais aussi à favoriser la relocalisation industrielle. L’Europe s’alarme sur ce qui est perçu comme une incitation à traverser l’Atlantique pour ses entreprises, affectés par notamment par la crise énergétique.

À l’occasion de son discours, mardi, Ursula von der Leyen s’est d’abord félicitée des plans adoptés par le Japon, l’Inde, le Royaume-Uni, le Canada et « bien sûr » l’IRA. Un « énorme coup de fouet à la transition vers la neutralité climatique » a-t-elle déclamé avant d’ajouter un « mais » évoquant « un certain nombre de préoccupations » européennes.

Beaucoup plus ouvertement offensive sur d’autres partenaires commerciaux et leurs « tentatives agressives pour attirer nos capacités industrielles ou ailleurs », la présidente a appelé à la coopération avec les États-Unis « pour que nos programmes d'incitation respectifs soient équitables et se renforcent mutuellement ».

Cependant, les négociations en cours entre le commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis et la secrétaire au commerce américain Katherine Tai, visant à ouvrir les subventions de l’IRA semblent patiner. Le premier a déclaré le 18 janvier, après une visite de son homologue la veille, qu'il restait « encore beaucoup de travail », malgré quelques avancés. Le vote de l'IRA étant passé, les marges de progression sont limitées et le risque de guerre commerciale est toujours présent.

Au Forum mondial sur la concurrence de l’OCDE, Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, avait asséné que l’Europe ne pouvait se permettre une guerre commerciale avec les États-Unis. Pendant ce temps, à Bruxelles et dans les capitales européennes, l’IRA est perçu comme contraire aux règles de l’Organisation mondiale du Commerce et la perspective d’une escalade est dans beaucoup d’esprits.

Lors d’une visite d’État à Washington, en décembre, le président français Emmanuel Macron avait demandé à son homologue américain de ne pas tomber dans le protectionnisme. Dans une note transmise à la Commission européenne et révélée par Les Échos, la France demande une réponse ferme et rapide au plan américain par un équivalent européen.

Ursula von der Leyen : « nous avons un plan »

À Davos, John Kerry, envoyé spécial de la Maison-Blanche pour le climat, ne parait pas spécialement y être opposé, a relevé Le Monde « La réaction des autres pays ne devrait pas être : « Oh mon Dieu, vous ne devriez pas faire ça, cela nous met dans une position injuste. » Faites-le aussi. Tout le monde doit faire la même chose pour accélérer encore plus ce processus ».

Un vœu qui devrait être exaucé par Bruxelles. Ursula von der Leyen a esquissé les grands axes d’un futur règlement européen « pour une industrie zéro émission » s’inspirant des directions prises par le plan de soutien à l’industrie des semi-conducteurs.

Le texte aspire à favoriser le développement d’une industrie des énergies vertes, sans prendre le risque de tomber dans de nouvelles dépendances. Pourquoi s’émanciper dans la douleur du gaz russe, si c’est pour devoir se fournir en terres rares venant « à 98 % d’un seul pays : la Chine ».

Le futur règlement envisage une simplification de la mise en œuvre des aides d’État, sujet sur lequel milite Paris de longue date. Enfin un fond de souveraineté devrait être mis en place pour rassurer les pays n’ayant pas les capacités financières de la France ou l’Allemagne.

L’exécutif européen parcourt actuellement l’Europe pour récolter les avis des États membres. Margrethe Vestager et Thierry Breton, commissaires au marché intérieur, très actifs ces derniers mois, évaluent les besoins d’investissements, les mesures de protection et les révisions sur les aides ou les modalités sur la constitution d’un fonds souverain souhaité par les États membres.

Ursula von der Leyen l’a affirmé en Suisse « Nous avons un plan ». Elle devrait en dévoiler plus prochainement. Les premières mesures concrètes doivent être dévoilées à la sortie d’un Conseil européen extraordinaire les 9 et 10 février à en croire Les Échos. D’ici là, la présidente de la Commission a prévenu « Nous n'hésiterons pas à ouvrir des enquêtes si nous estimons que nos marchés publics ou d'autres marchés sont faussés par de telles subventions ». La Chine n'était peut-être pas le seul pays concerné.