Elon Musk devrait quitter ses fonctions de dirigeant de Twitter. Dans un sondage qu'il a lui-même publié sur le réseau social le 19 décembre, il demandait aux utilisateurs « s’il devait se retirer de la tête de Twitter » et promettait de se plier aux résultats. Les votants se sont montrés favorables à cette décision à 57 %. Cet appel au vote conclut une fin de semaine rythmée par des décisions lourdes de conséquences prises par Elon Musk, entre l'interdiction puis le rétablissement de nombreux comptes de journalistes et la courte suspension des liens menant vers d’autres plateformes sociales.

Au commencement, la suspension d’@elonjet

La folie sondagière d’Elon Musk débute le 14 décembre alors que Twitter suspend @elonjet, un profil qui recensait les trajets du dirigeant de Tesla à bord de son jet privé. Dans la foulée, l’ensemble des comptes répertoriant les déplacements des milliardaires ont également été bannis du réseau social. « Tout compte contenant des informations de localisation en temps réel sera suspendu, car il s’agit d’une violation de la sécurité physique. Cela inclut la publication de liens vers des sites contenant des informations de localisation en temps réel », s’est défendu Elon Musk. Le propriétaire de Twitter s’était pourtant engagé, le 7 novembre, à ne pas censurer le compte @elonjet au nom de « ses engagements pour la liberté d’expression ».

Cette décision a engendré une vive polémique sur la plateforme et, face aux critiques, Elon Musk présentait, le 16 décembre, un sondage pour la levée de la suspension des profils ayant partagé ses informations privées. Parmi les comptes concernés se trouvent ceux de plusieurs journalistes américains ayant simplement relayé l’information. Avec 59 % de votes pour, les bannissements ont été révoqués pour presque tous les comptes. À l’heure de rédiger ces lignes, @elonjet n’a, en revanche, pas été rétabli.

La tentative de Twitter de censurer les autres réseaux sociaux

Deux jours plus tard, le 18 décembre, le compte support de Twitter dévoilait de nouvelles règles pour le réseau social. « Nous savons que de nombreux utilisateurs sont actifs sur d’autres plateformes. Cependant, nous n’autoriserons plus la promotion gratuite de certains réseaux sociaux. Nous supprimerons, en particulier, les comptes créés dans le seul but de promouvoir d’autres plateformes sociales et les contenus qui contiennent des liens ou des noms d’utilisateurs pour Facebook, Instagram, Mastodon, Truth Social, Tribal, Nostr et Post », indiquait l’entreprise dans des tweets désormais effacés.

Tweets du Support Twitter

Capture d'écran : Twitter.

Cette nouvelle politique a elle aussi fait l’objet des indignations des utilisateurs. Afin d’apaiser la foule, Elon Musk a indiqué qu’un nouveau sondage allait être mis en place pour recueillir les avis des usagers. « À l’avenir, il y aura un vote pour les changements politiques majeurs. Mes excuses, cela n’arrivera plus », écrivait-il. S’il est de nouveau possible de publier des liens menant à d’autres plateformes, ce n’est toujours pas le cas pour les liens vers Mastodon, qui restent censurés.

Ce nouveau règlement n’aura duré qu’une douzaine d’heures avant d’être retiré. Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de la Transition numérique et des Télécommunications, a souligné qu’il s’agissait d’« une pratique contraire à la liberté d’expression qui sera illégale en Europe dès 2023 grâce au Digital Services Act ». Le dirigeant de SpaceX doit également faire attention à ses relations avec l’Union européenne. Věra Jourová, vice-présidente de la Commission européenne pour les valeurs et la transparence, a déclaré que « les nouvelles concernant la suspension arbitraire de journalistes sur Twitter sont inquiétantes. Le Digital Services Act de l’UE exige le respect de la liberté des médias et des droits fondamentaux. Elon Musk devrait en être conscient. Il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Et des sanctions, bientôt ».

Si le dernier sondage d’Elon Musk l’oblige à quitter son poste de PDG de Twitter, il n’en restera pas moins le propriétaire. Sa prochaine mission pourrait donc consister à trouver un successeur. Une mission qui s’avère difficile alors que « personne ne veut du rôle qui peut réellement maintenir Twitter en vie ». Pour le milliardaire « il n’y a pas de successeur ».