Une plainte administrative a été déposée ce jeudi 8 décembre par la Federal Trade Commission, l’autorité de la concurrence américaine, contre l’acquisition à 68,7 milliards de dollars d’Activision Blizzard par Microsoft. L’entreprise de Redmond veut continuer à y croire.

Les efforts de Microsoft n’ont pas convaincu la FTC

« En contrôlant les franchises à succès d'Activision, Microsoft aurait à la fois les moyens et la motivation pour nuire à la concurrence », a jugé la FTC après avoir étudié le projet d’acquisition de Microsoft, révélé au début de l’année. Par trois voix contre une, celle de la commissaire républicaine Christine Wilson, l’agence a décidé d’agir contre l’opération.

Holly Vedova, directrice du bureau de la concurrence de la FTC a fait savoir « Aujourd'hui, nous cherchons à empêcher Microsoft de prendre le contrôle d'un studio de jeux indépendant de premier plan et de l'utiliser pour nuire à la concurrence sur plusieurs marchés de jeux dynamiques et en pleine expansion ».

L’autorité de la concurrence américaine estime que Microsoft aurait les moyens de bloquer l’accès aux jeux d’Activision à ses concurrents, notamment Sony, ou d’en dégrader volontairement l’expérience sur les plateformes autres que les siennes, « ce qui porterait préjudice aux consommateurs », estime la FTC dans son communiqué.

Microsoft s’attendait à devoir faire face à ce type de difficultés, la date fixée pour la conclusion définitive de l’opération a été placée à une date relativement lointaine : juin 2023. L’opération est la plus importante de l’histoire de l’entreprise et de l’industrie du jeu vidéo dans son ensemble tandis que la FTC, sous la direction de la démocrate Lina Khan, a décidé de sévir contre les géants de la Tech.

Mettre la main sur Activision Blizzard c’est mettre la main sur Call of Duty, l’une des franchises de jeux vidéo les plus populaires de la planète, qui a rapporté 30 milliards de dollars à elle seule. L’éditeur compte plus de 154 millions d’utilisateurs actifs sur ses différents jeux.

Par anticipation Microsoft a tendu la main à ses concurrents, dont le principal, Sony. L’entreprise a proposé un accord de 10 ans pour maintenir Call of Duty multiplateforme. Sur Twitter, Brad Smith, président de Microsoft, a réagi en mettant en avant ces efforts, « Nous nous sommes engagés depuis le premier jour à résoudre les problèmes de concurrence, notamment en proposant plus tôt cette semaine des concessions proposées à la FTC ».

Plus tôt dans la semaine le dirigeant de l’entreprise de Redmond avait également publié une tribune dans le Wall Street Journal pour affirmer que l’accord élargirait la concurrence et relativiser la position de sa société dans l’industrie vidéoludique.

Le créateur de la Xbox pourrait regretter ses engagements passés non respectés

Seulement Microsoft paie ses agissements lors de précédent rachat. Holly Vedova dénonce ouvertement que « Microsoft a déjà montré qu'il peut et veut retenir le contenu de ses rivaux ». La FTC pointe ouvertement les mensonges de l’entreprise à son homologue européenne. Lors de l’acquisition de ZeniMax, en 2020, propriétaire de Bethesda Softworks, Microsoft s’était engagé à ne pas faire des jeux de l’éditeur des exclusivités. Dès 2021 la firme est revenue sur ses promesses concernant Elder Scrolls VI ou Starfield.

Un très mauvais signal qui devrait aussi être pris en compte dans les procédures lancées en parallèle par la Compétition and Markets Authority britannique et par la Commission européenne.

La plainte administrative de la FTC devrait être étudiée par le tribunal interne de l’agence, dirigé par un juge administratif indépendant. Brad Smith affiche publiquement sa sérénité, « nous avons une confiance totale dans notre cas et nous nous félicitons de l'opportunité de le présenter devant un tribunal », a-t-il déclaré. Dans une note interne rapportée par le Financial Times, Bobby Kotick, directeur général d’Activision, a aussi proclamé sa « confiance dans la conclusion de cet accord ». L’avenir dira si les deux dirigeants ont raison, pour le moment cela semble plutôt mal embarqué.