La Tech européenne se porte plus mal qu’en 2021, mais ce n’est peut-être pas aussi grave qu’on pourrait le penser. La société de capital-risque londonienne Atomico a publié ce 7 décembre son rapport annuel « State of European Tech ». Particulièrement suivi depuis son lancement en 2015, il met en avant l’état du marché Tech et l’émergence de start-up européenne.

2021 fait de l’ombre à 2022

Inflation élevée, hausse des taux d’intérêt, guerre en Ukraine… Les facteurs ne manquent pas pour expliquer les mauvais chiffres 2022 de la Tech européenne. La valeur des entreprises du secteur a baissé de 400 milliards de dollars fin 2021 passant à 2 700 milliards en 2022, 14 000 travailleurs du secteur ont été licenciés, 85 milliards de dollars injectés dans les start-up du continent, une baisse de 18 % par rapport à l’année précédente…

Ces données, inquiétantes au premier abord, sont à relativiser. L’année 2021 a été une année record pour la Tech européenne et assez unique. Alan, Algolia, Swile, Lydia… Rien qu’en France le nombre de licorne, des start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars, a explosé. Sur l’ensemble du continent, plus d’une centaine a émergé.

Cette dynamique s’est poursuivie début 2022. Le niveau d’investissement a augmenté de 52 % au premier trimestre par rapport à 2021. De nouvelles licornes françaises en ont profité, BackMarket, Spendesk… Le ralentissement s’est en réalité opéré à partir de juillet avant de se confirmer à la fin de l’été. Au troisième trimestre 2022, le niveau d’investissement a baissé de 40 % par rapport à 2021.

Ce ralentissement dans l’investissement des sociétés Tech européennes ne semble pas si grave vu le caractère exceptionnel de l’année précédente. Les 85 milliards de dollars injectés dans le secteur restent une performance par rapport aux autres années. Les licenciements en 2022, ne représente que 7 % des licenciements mondiaux dans la Tech, venant en particulier des géants américains.

graphique tech européenne

Crédit : Atomico

La dynamique des start-up Tech européennes est tout de même préoccupante

Toutefois nuancer ne signifie pas occulter les mauvaises performances. Une crise de financement semble tout de même mettre à mal les start-up européennes et la dynamique est mauvaise. Au second semestre 2022 seuls, 37 tours de financement devraient dépasser les 100 millions de dollars contre 133 au premier.

graphique tech européenne

Crédit : Atomico

Les sociétés de capital-risque américain, arrivé en masse en 2021, sont désormais plus frileuses. Ils ont été 22 % de moins impliqués dans les opérations de plis de 100 millions de dollars. Par ailleurs, en 2022 seulement 3 introductions en Bourse ont dépassé le milliard de dollars, contre 86 en 2021.

Selon l’analyse du Financial Times, la frénésie de 2021 a pu regrouper sur un an des investissements habituellement répartis sur plusieurs années. Néanmoins la situation macroéconomique inciterait les investisseurs à la méfiance. Le capital serait disponible, mais la confiance manque.

Tom Wehmeier, associé et responsable de la recherche chez Atomico prévient, « Il n’y a pas de retour, du moins pour un très long moment, aux conditions auxquels nous avons assisté à la fin de 2021 ».