Les tweets s’enchaînent et se ressemblent. Le 20 novembre Damien Viel, directeur général de Twitter France, annonçait son départ de l’entreprise après 7 ans. Elon Musk continue d’expurger les effectifs de son réseau social, au point de pousser des leaders européens à se demander s’il restera du monde pour appliquer les réglementations en vigueur et à venir.

Modération, RGPD, DSA… Le boulot ne manque pas !

Le Financial Times a narré, le 24 novembre, un petit séisme : le petit bureau de Twitter à Bruxelles va fermer ses portes. Qu’importe sa taille, ce lieu permettait un contact privilégié avec les autorités du Vieux Continent. En plus du bureau, deux personnalités, Julia Mozer et Dario La Nasa ont été annoncés sur le départ. Ils étaient responsables de la très stratégique politique numérique de Twitter en Europe.

Difficile de savoir s’ils ont été licenciés où s’ils ont démissionné lorsque Elon Musk a exigé de ses employés de travailler toujours plus et toujours plus dur. La Commission irlandaise de protection des données (DPC), responsable de Twitter, l’entreprise ayant son siège européen à Dublin, s’est en tout cas interrogée sur les capacités de Twitter à respecter le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) sans personnel pour le faire. Le réseau social a répondu par l’affirmative rapporte le Wall Street Journal.

Dans un autre registre, Věra Jourová, vice-présidente de la Commission pour les valeurs et la transparence, a fait part de ses préoccupations sur Twitter, expliquant, « Si vous voulez détecter et agir efficacement contre la désinformation et la propagande, cela nécessite des ressources ».

Hasard du calendrier ou non, ce 24 novembre la Commission a publié sa 7e évaluation du code de conduite de l’Union visant à combattre les discours haineux en ligne. Un code de conduite auquel les grandes plateformes ont adhéré. Mauvaise nouvelle, le nombre de notifications examinées par celles-ci en 24 heures a baissé de 90,4 % en 2020 à 64,4 % cette année. Twitter réalise la pire performance. Idem pour la suppression des messages haineux notifiés, la plateforme est passée de 49,8 % des messages notifiés à 45,4 %.

Les données ont été recueillies de mars à mai 2022, avant le rachat du réseau social par Elon Musk. Il n’empêche, le milliardaire ne fait rien pour rassurer les autorités européennes. Ce dernier a soumis un sondage à ses abonnées, pour ou contre une amnistie générale des comptes supprimés sur Twitter. Ce sondage, aux allures de plébiscites, a donné 72,4 % de réponse en faveur du retour des bannis sur plus de 3,1 millions de votes. Une voie que semble vouloir suivre Musk qui a commenté « Vox Populi, Vox Dei ».

Twitter dit que tout va pour le mieux, l’UE doute

Didier Reynders, commissaire européen à la Justice, s’est dit déçu par l’évolution de la plateforme concernant le code de conduite contre les discours haineux, « Je les exhorte à examiner leurs pratiques de modération de contenu et à combler rapidement les lacunes », a-t-il lancé.

Il s’est rendu le même jour, le 24 novembre, à Dublin, pour rencontrer des représentants de Twitter. Il s’est fait l’écho des inquiétudes exprimées par la DPC en déclarant, « En ce qui concerne les décisions relatives aux réductions de personnel, nous voulons être sûrs qu'il y a des ressources pour protéger les données des utilisateurs ».

Le responsable européen rapporte avoir reçu l’assurance de la part de Twitter que les prérogatives de feu le bureau de Bruxelles avaient été transférées à Dublin. La plateforme serait toujours apte à appliquer le RGPD, combattre les discours haineux en ligne et se préparer à l’arrivée imminente du Digital Services Act. L’avenir le dira.