Le secrétaire d’État britannique aux Affaires, à l’Énergie et la Stratégie Industrielle (BEIS), Grant Shapps, l’affirme « nous accueillons favorablement le commerce et les investissements étrangers », il a ajouté néanmoins « Mais là où nous identifions un risque pour la sécurité nationale, nous agirons de manière décisive ». Une déclaration publiée le 16 novembre, au moment de l’émission d’une ordonnance obligeant le propriétaire chinois d’une fabrique de semi-conducteurs galloise à la revendre, plus d’un an après son acquisition.

En pleine pénurie de semi-conducteurs, le rachat de la fabrique par une entreprise chinoise est mal passé

En juillet 2021, l’acquisition de la Newport Wafer Fab, par l’entreprise néerlandaise Nexperia, avait fait grand bruit au Royaume-Uni. Le rachat était pourtant d’une importance relative, estimée à 63 millions de livres, et permettait de relever une entreprise de semi-conducteurs privée d’investissement.

Le problème a toujours été le groupe possédant lui-même Nexperia, l’entreprise chinoise Wingtech. Des voix se sont élevées contre cette opération, en pleine pénurie de semi-conducteurs et alors que la rivalité entre la Chine et les pays occidentaux était déjà forte. Notamment celle de Ton Tugendhat, spécialiste de Pékin, devenu entretemps ministre d’État à la Sécurité sous le gouvernement de Rishi Sunal.

En vertu d’une loi récente sur les investissements étrangers et la sécurité nationale, Grant Shapps a finalement franchi le pas. En résumé, selon l’ordonnance, Londres craint de perdre des capacités dans la fabrication de semi-conducteurs et de devoir se priver du savoir-faire de Newport Wafer Fab, depuis renommé Nexperia Newport.

L’entreprise fabrique des semi-conducteurs utilisés pour la gestion de l’énergie d’appareils électroniques. Elle est la plus grande productrice de puces britannique, malgré son importance relative dans le secteur. Certains de ses produits sont, par ailleurs, utilisés dans l’industrie de défense du pays.

Un appel et une offre de rachat

Pour Grant Shapps, la décision prise a été « nécessaire et proportionnée » afin « d’atténuer le risque pour la sécurité nationale ». Nexperia se voit dans l’obligation de céder 86 % de ses parts de Nexperia Newport, selon un processus et un délai déterminé, mais non spécifié. Cette participation correspond à celle prise par la société en juillet, elle possédait déjà de 14 % de la fabrique auparavant.

Sans surprise Toni Versluijs, responsable de la branche britannique de Nexperia, tient un tout autre discours. Il s’est dit « choqué » et « déçu » contre une décision jugée « erronée » et « disproportionnée ». Tout en rappelant la situation compliquée de Newport Wafer Fab avant le rachat, il a promis « Nous ferons appel pour annuler cet ordre de cession ». Plusieurs industriels britanniques s’étaient déjà positionnés pour reprendre la fabrique de semi-conducteurs. L’épopée de l’usine galloise n’est pas encore terminée.