Lontium Semiconductor prépare activement son entrée à la Bourse de Shanghai, l’entreprise a reçu son approbation selon une déclaration du 25 octobre. Lontium vend des circuits intégrés mixtes, analogique et numérique, à l’image de Texas Instrument dont elle est un lointain challenger. Problème pour cette société chinoise, les restrictions américaines autour des semi-conducteurs la menace très directement.

Le dilemme des bi-nationaux des semi-conducteurs

Chen Feng a été diplômé de l’Académie des Sciences en Chine en 1988, après quelques années de travail il a traversé le Pacifique. Après un doctorat dans une université de la côte ouest, il a passé 10 ans comme ingénieur chez Intel, plus un ou deux autres postes dans des entreprises américaines. Il est ensuite revenu dans sa région natale d’Anhui, en 2006, pour fonder sa propre entreprise de semi-conducteurs, Lontium.

Aujourd’hui il pourrait devoir choisir entre son entreprise et sa nationalité américaine. Pour restreindre les progrès technologiques de la Chine par les semi-conducteurs, l’administration Biden a pris une série de mesures très stricte début octobre. L’une des plus redoutées est justement la menace de priver les ressortissants américains de leur passeport s’ils soutiennent les avancés de l’industrie des puces en Chine.

Le cas de Chen Feng, mis en lumière par le South China Morning Post, est à ce titre symbolique. Il a été désigné en 2008, dans le cadre d’un plan pour recruter des experts expatriés en sciences et technologies, dans une liste de personnalité susceptible d’aider la Chine à parvenir à l’autosuffisance en matière de puces. Son entreprise a été largement subventionnée par Pékin et la province d’Anhui.

Beaucoup des cadres américains de l’industrie des semi-conducteurs chinoise ont un parcours similaire : originaire de Chine ou parfois de Taiwan, partis faire leurs études et travailler aux États-Unis, avant de revenir dans l’Empire du Milieu, pour contribuer au développement du secteur.

Le journal hongkongais soupçonne Gerald Yin Zhiyao, qui a vendu pour environ 10 millions d’euros d’actions de sa société AMEC à la fin de l’été, d’avoir ce type de profil. Ce serait aussi le cas de Simon Yang, ancien PDG de Yangtze Memory Technologies Corp (YMTC), démissionnaire en septembre. Des dizaines de cadres des plus grandes entreprises chinoises seraient dans la même situation.

La sévérité de Washington au révélateur

Avec la prochaine entrée en bourse de Lontium, Chen Feng pourrait se retrouver dans le rôle du révélateur de la sévérité de Washington dans l’application de ses nouvelles dispositions. Si le fondateur perd son passeport, l’avenir commercial de sa société devrait en pâtir, tout comme son cours en bourse.

Les composants de Lontium Semiconductor entrent dans la fabrication de produits d’Apple, Dell, Asus, Lenovo. La plupart des ventes sont réalisées à l’étranger, Hong Kong, Taiwan, Corée du Sud et Japon. À l’inverse, 91 % des dépenses nécessaires à la production de l’entreprise sont opérées hors de Chine.