Les professionnels des semi-conducteurs de Corée du Sud, Japon et Taiwan ont vécu un retour de jour férié difficile ce mardi 11 octobre. Les marchés ont mal réagi aux nouvelles restrictions américaines, prisent vendredi dernier, sur les exportations de puces et outils pour en fabriquer vers la Chine.

Le choc venu de Washington

Les règles révélées par le département du Commerce des États-Unis le 7 octobre s’inscrivent dans une continuité, bloquer l’accès de la Chine aux semi-conducteurs les plus avancés, tout en faisant figure d’électrochoc, par leur ampleur.

S’il est encore difficile d’estimer leur impact sur l’économie des semi-conducteurs, si elles seront durement appliquées par Washington, les marchés financiers ont, eux, anticipé. Leur inquiétude est palpable des deux côtés du Pacifique, renforcé par la faible demande de produits électroniques.

C’est d’abord aux États-Unis et en Chine, logiquement, que les marchés ont commencé à pointer vers le bas. Pour les entreprises du premier, cela signifie une perte partielle d’un débouché majeur. Dans le cas du second, cela rime avec un accès restreint aux meilleures technologies.

Intel a perdu 9 % de sa valeur ce mardi, par rapport à la veille de l’annonce de l’administration Biden. Pour AMD la chute s’approche des 17 %, Nvidia des 14 %. L’indice de Philadelphie, basée sur les 30 plus grandes sociétés américaines de l’industrie, au sens large, de semi-conducteurs, affiche une baisse de 11,7%. Il a atteint son niveau le plus bas depuis novembre 2020.

Selon les chiffres compilés par le Financial Times lundi, les valeurs chinoises des semi-conducteurs cotées ont perdu 8,6 milliards de dollars. Si beaucoup d’entreprises de ce secteur en plein boom dans le pays sont privées, les indicateurs ne sont pas bons. Le principal fondeur du pays, Semiconductor Manufacturing International Corp (SMIC) affiche ce jour une baisse de 8,8 % de son cours à la bourse de Hong Kong par rapport à jeudi.

L’économie des semi-conducteurs perturbée au-delà de la Chine et des États-Unis

Les directives américaines comportant un volet extraterritorial, les grandes entreprises des pays asiatiques en pointes dans les semi-conducteurs ont suivi la même dynamique. D’autant qu’elles disposent d’installations ou de sous-traitant au sein de l’Empire du Milieu.

La Corée du Sud, le Japon et Taiwan ont eu un jour de répit, le lundi 10 octobre est férié dans les trois pays. Il n’aura pas suffi, selon un premier décompte rapide de Bloomberg, la valeur des actions, liées aux secteurs des puces, a dégringolé de 240 milliards de dollars par rapport à leur niveau de jeudi.

Le champion du pays des puces, la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, a perdu 8,3 % de valeur. Au Japon, Tokyo Electron affiche une baisse de 5,5 %. Samsung et Sk Hynix, spécialiste des puces mémoires, sont parvenus à remonter la pente, passés le choc initial, avec une baisse de valeur contenue à, respectivement, environ 2 % et 1 %.

Les marchés semblent prendre très au sérieux les nouveaux dispositifs pris par les États-Unis. Un premier bilan devra être tiré d’ici le début de l’année 2023, mais il pourrait entraîner un découplage majeur de l’économie des semi-conducteurs entre les deux pays, avec des victimes collatérales à prévoir.