Elon Musk se frotte les mains. Depuis une semaine, son équipe d’avocats ne cesse d’utiliser les révélations de Peiter Zatko, l’ancien responsable de la sécurité de Twitter, pour justifier l’annulation du rachat du réseau social. Il n’est toutefois pas assuré qu’elles aident tant que ça le milliardaire pour le procès à venir, le 17 octobre.

Des révélations très utiles à Elon Musk

Le Washington Post a lâché une petite bombe le 23 août. Le quotidien américain révèle que Peiter Zatko, licencié en janvier 2022 de Twitter, accuse le réseau social de toute une série de lacunes. Modération, cybersécurité, confidentialité, protection des données, Twitter ne serait à jour nulle part. Des accusations sérieuses, pour lesquels il a déposé des plaintes auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), de la Federal Trade Commission (FTC) et du département de la Justice américain.

Une aubaine pour Elon Musk, toujours à la recherche d’éléments justifiant l’annulation du rachat de Twitter pour 44 milliards de dollars. Qu’importe la colère de Parag Agrawal, le PDG de Twitter, qui qualifie les accusations de Zatko, dans un mémo interne, d’être un « faux récit qui est criblé d'incohérences et d'inexactitudes, et présenté sans contexte ».

Dès le lendemain de la publication, lors d’une audience avec la juge Kathaleen McCormick, en charge de régler le litige entre Musk et Twitter, les conseillers du milliardaire mentionnent Zatko, rapporte le New York Times. Les avocats espèrent obtenir des années de données à Twitter.

Depuis le début du litige entre le milliardaire et le réseau social, l’argument de Musk est celui de la tromperie. Twitter mentirait sur son nombre d’utilisateurs actifs quotidiens monétisables en sous-estimant le nombre de spams et faux comptes. Twitter a déclaré à la SEC qu’ils représentaient environ 5 % du total d’utilisateurs, Musk estime que 10 % à 20 % sont plus proches de la réalité.

C’est pour cela que les avocats ont demandé à la juge de Delaware des billions et billions de données de Twitter. Une demande refusée le 25 août, « absurdement large », considère Kathaleen McCormick. Alex Spiro, défenseur du propriétaire de Tesla, obtiendra tout de même les données de 9 000 comptes examinés au 4e trimestre 2021 avec les documents montrant comment ils ont été sélectionnés. Sans compter l’ensemble des informations que Twitter a déjà fourni note le Wall Street Journal.

Le rôle de « Mudge », le surnom de Peiter Zatko dans le domaine de la sécurité, semble avoir été minime dans cette escarmouche juridique. Les révélations de ce témoin de premier plan ne concernent qu’indirectement l’angle d’attaque de Musk. D’après le New York Times, les faux comptes et spams ne sont pas centraux dans ses accusations.

Il n’empêche, l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir. Le 29 et le 30 août l’équipe du milliardaire a assigné Peiter Zatko à comparaître. « Mudge » s’ajoute à la centaine de personnes, banques, entreprises et autres déjà assignées par les deux parties. En sus une nouvelle lettre de résiliation de l’accord, après celle initiale début juillet, a été envoyée à la SEC.

Cette missive pourrait constituer un nouveau front ouvert par Elon Musk. Il s’agit d’accuser Twitter d’avoir violé l’accord de fusion en dissimulant des informations importantes. L’avocat Mike Ringler explique, selon The Verge, « Des allégations concernant certains faits, connus de Twitter avant et à partir du 8 juillet 2022 [date à laquelle Elon Musk a annulé l’accord de rachat], mais non divulgués aux parties Musk avant et à ce moment-là, ont depuis été mises au jour et fournissent des bases supplémentaires et distinctes pour résilier l'accord de fusion ».

Peiter Zatko dit vouloir surtout protéger les utilisateurs de Twitter

Selon les spécialistes consultés par The Verge, ce nouvel angle d’attaque n’apparaît pas spécialement utile. En revanche il pourrait servir de bouée de sauvetage si la première lettre de résiliation était rejetée.

Par son avocate, Devra Katz, Peiter Zatko a fait savoir qu’il répondrait à l’assignation à comparaître. Elle précise toutefois, « Il n'a pas fait ses révélations de lanceur d'alerte aux organismes gouvernementaux appropriés pour profiter de Musk ou pour nuire à Twitter, mais plutôt pour protéger le public américain et les actionnaires de Twitter ».

Effectivement, l’ancien chef de la sécurité du réseau social devrait témoigner le 13 septembre devant la commission juridique du Sénat. Une audience attendue par Elon Musk, mais aussi par les autorités de protections des données européennes. La CNIL a déjà manifesté son intérêt.