Selon une enquête de Radio France reprise par France Info, deux faux médecins ont pu exercer sur la plateforme Doctolib pendant plusieurs semaines. Le parquet de Montpellier a lancé une enquête contre les deux arnaqueurs pour « exercice illégal de la médecine ».

Une téléconsultation « lunaire »

Ils ont été débusqués grâce à une mère de famille nommée Carole dont les deux enfants de 10 et 11 sont atteints du trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Ils sont traités à la Ritaline qui une nouvelle ordonnance tous les 28 jours. Le 11 juin 2022, alors que son psychiatre était en vacances, Carole s’est rendue sur Doctolib pour renouveler son ordonnance et a pris rendez-vous avec un dénommé David Cantat ; le nom de sa remplaçante, Laura Smith, y était également indiqué. La mère de famille a donc pris rendez-vous pour une téléconsultation le 18 juin qui se tiendrait avec la remplaçante.

Premier couac le jour de la visioconférence, la remplaçante du psychiatre, Laura Smith, appelle Carole sur son mobile pour lui expliquer qu’elle n’arrive pas à se connecter au service, et lui demande d’organiser le rendez-vous via WhatsApp. Une fois connectée sur l’application de messagerie, la patiente allume sa caméra frontale, mais pas son interlocutrice. « À ce moment-là, j’ai une première alerte, confie Carole, mais comme j’ai vraiment besoin de cette ordonnance et que j’ai confiance dans Doctolib, je décide de poursuivre », explique-t-elle.

La suite de l’entretien est « lunaire » selon Carole. Laura Smith semble ignorer totalement la signification du sigle TDAH, et ne fait parvenir aucune ordonnance à la mère de famille. Elle recevra tout de même une feuille de soins, mais il s’agit d’un document falsifié. Interpellée, Carole a fait opposition sur sa carte bancaire pour ne pas régler la consultation et a signalé l’incident à Doctolib le 21 juin. Elle a également déposé plainte auprès du parquet de Montpellier et s’est adressée à son psychiatre traitant, qui s’est lui aussi rendu compte de la supercherie.

Illustration d'une personne prenant rendez-vous sur Doctolib.

L'un des faux médecins a voulu organiser la consultation via WhatsApp. Illustration : Doctolib

Un délai de 15 jours octroyé aux professionnels par Doctolib

Dans sa réponse, la plateforme explique à Carole que la procédure d’inscription « débute en premier lieu par une vérification d’identité. Puis un délai de 15 jours est octroyé aux professionnels de santé afin de réceptionner les pièces justificatives dans le cadre d’une vérification du droit d’exercer ». Autrement dit, les faux médecins ont pu exercer au travers de la plateforme alors que leurs compétences n’avaient pas encore été avérées.

Depuis, Doctolib a publié un communiqué de presse dans lequel elle annonce la mise en place de mesures pour renforcer « les procédures de vérification et de signalement des professionnels référencés sur son site ». De son côté, la mère de famille craint surtout pour les dossiers médicaux de ses enfants, qui relèvent tous les deux de la MDPH (Maison départementale pour les personnes handicapées), et sont éligibles à un accompagnement scolaire et à une aide financière. Le Conseil départemental de l’ordre des médecins de l’Hérault a également déposé plainte à Montpellier à l'encontre des faux praticiens.

Doctolib engage « un travail de fond »

Le communiqué de Doctolib fait également suite à la polémique autour des naturopathes présents sur la plateforme. En effet, cette discipline n’a pas de fondement médical et certains de ses plus gros représentants en France sont des personnages très controversés qui, pour certains, ont dû faire face à la justice. En conséquence, Doctolib a suspendu 17 comptes et promis « d’engager un travail de fond » avec le corps médical à ce sujet.

L’Ordre des Médecins précise que tous les praticiens ayant le droit d’exercer sont référencés sur le site du CNOM grâce à leur matricule (Répertoire partagé des professionnels de santé) ; les médecins n’en disposant pas ne peuvent pas exercer.

Pour rappel, Doctolib a connu une croissance exponentielle en 2020 lors de la pandémie de Covid-19, et est désormais la start-up la mieux valorisée de France.