C’est bon, le Chips and Science Act a été ratifié par Joe Biden ce 9 août. Après avoir fait pression sur le Congrès pour voir le texte aboutir, l’industrie des semi-conducteurs passe désormais aux actes. Micron et Qualcomm ont annoncé à tous les deux 44,2 milliards de dollars d’investissement aux États-Unis, Intel a affiché sa satisfaction.

Micron s’engage à investir 40 milliards de dollars d’ici 2030 aux États-Unis

« La question n'est pas de savoir si ces fabriques [de semi-conducteurs] seront construites, mais où elles seront construites », avertissait Sanjay Mehrotra, PDG de Micron, lorsque le Chips and Science Act avait du mal à aboutir au Congrès.

Manifestement satisfait du cours des événements, Mehrotra a communiqué peu avant la ratification, « Grâce à cette étape législative majeure, Micron annonce son engagement à investir 40 milliards de dollars dans la fabrication de mémoire de pointe jusqu'à la fin de la décennie ». Cet investissement devrait permettre de « créer 40 000 emplois américains » dont 5 000 très qualifiés, a ajouté l’entreprise. Les détails seront révélés dans les semaines à venir.

Surtout, Micron s’est engagé à produire au moins une puce mémoire sur dix aux États-Unis. Comme les autres acteurs du secteur, la production de l’entreprise basée dans l’Idaho est pour l’essentiel assurée en Asie, plus précisément à Taïwan et en Chine. Au total, 75 % de la production mondiale de semi-conducteurs se concentre en Asie de l’Est.

La pénurie de puces et la crise de la chaîne d’approvisionnement ont convaincu l’administration Biden, mais aussi son opposition, la loi est bipartisane, à relocaliser une partie de l’activité de ce secteur stratégique aux États-Unis.

À l’image de Micron, Qualcomm a salué l’événement par un investissement, la veille de la signature de la loi par Joe Biden. L’entreprise, qui ne dispose pas de capacité de production elle-même, a commandé à son partenaire GlobalFoundries 4,2 milliards de dollars de semi-conducteurs supplémentaires. Le double de la commande initiale. Qualcomm a déclaré « L'annonce d'aujourd'hui sécurise l'approvisionnement en plaquettes et les engagements à soutenir la fabrication basée aux États-Unis grâce à l'expansion de la capacité de l'usine de fabrication de semi-conducteurs la plus avancée de GlobalFoundries, à Malta, dans l'État de New York ».

Le secteur des semi-conducteurs a poussé pour l’adoption du Chips Act

Ce « succès » n’a rien d’une surprise. Malgré la volonté affichée de l’administration Biden, le texte a connu des hauts et des bas au Congrès. Micron, GlobalFoundries ont fait pression en promettant des investissements contre son aboutissement.

Intel, dont le PDG Pat Gelsinger était présent lors de la cérémonie de signature de la loi, avait sous-entendu que sans cette mesure son investissement de 100 milliards de dollars pourrait être revu. TSMC, le leader du succès, avait annoncé que son implantation aux États-Unis n’allait, économiquement, pas de soi et qu’une aide fédérale était donc nécessaire.

Ces entreprises ont pu également mettre en concurrence les États-Unis avec l’Union européenne. Le vieux continent a mis en place, plus tôt dans l’année, son propre Chips Act à 44 milliards d’euros pour doubler sa part dans la production de semi-conducteurs de 10 % à 20 % d’ici 2030.

GlobalFoundries a rapidement révélé un accord pour la construction d’une fabrique en France avec STMicroelectronics pour 5,5 milliards d’euros. Intel a aussi affiché son intention de profiter des aides européennes et s’appuyer dessus pour en obtenir aux États-Unis.

Maintenant que la loi est signée, chacun va pouvoir travailler concrètement avec une vision plus sur de l’avenir. Les détails techniques, comme les conditions d’accès aux crédits d’impôt, aux financements restent à définir. L’administration Biden a prévenu qu’elle ne dépenserait pas l’argent des contribuables n’importe comment. Cet aspect technique de mise en application de la loi ne semble pas effrayer les acteurs du secteur, pour le moment.