Le Fonds d’investissement de l’industrie des circuits intégrés de Chine, aussi appelé Big Fund, est le fer de lance des efforts du pays pour gagner en autonomie sur la production de semi-conducteurs depuis sa création en 2014. Plus indispensable que jamais en pleine période de tension avec les États-Unis, le fond est pourtant ébranlé par plusieurs enquêtes depuis mi-juillet.

Une avalanche d’enquêtes

Le 28 juillet, la Commission centrale d’inspection de la discipline (CCDI) a annoncé qu’une enquête était en cours contre le ministre de l’Industrie et des Technologies de l’Information, Xiao Yaqing. Ce dernier est soupçonné de « violations graves de la discipline et des lois ». Pour le South China Morning Post, basé à Hong Kong, cette terminologie est régulièrement utilisée pour évoquer les cas de corruption, l’une des priorités affichées depuis des années par le président Xi Jinping.

La CCDI s’est montrée avare en détail sur les raisons de l’enquête contre Xiao Yaqing. Elle a, en revanche, annoncé le même jour qu’une affaire était en cours contre Ding Wenwu, ancien président du Big Fund, placé sous la responsabilité du ministère de Xiao Yaqing. La même formulation a été utilisée pour décrire les accusations portant contre lui. Même motif évoqué par le magazine Caixin le 31 juillet sur les investigations contre Yang Zhengfan, cadre du fonds d’investissement. Soupçons de nouveau similaires, quelques semaines plus tôt, contre Lu Jun, ancien dirigeant de Sino IC Capital, la société de gestion du Big Fund.

Reuters note que le ministre Xiao Yaqing n’est plus réapparu depuis le 6 juillet. Une source de Nikkei Asia rapporte, elle, que Ding Wenwu n’a plus été aperçu après un discours la mi-juillet. En outre, le président de Tsinghua Unigroup, l’ancien leader des semi-conducteurs chinois perclus de dettes, Zhao Weiguo a aussi vu une enquête être ouverte contre lui. Plusieurs anciens dirigeants de l’entreprise semblaient injoignables. Les autorités chinoises concernées se sont montrées laconiques. Aucun lien entre ces différentes affaires n’a été fait, mais l’accumulation interroge.

Le « Big Fund » au sommet de la stratégie semi-conducteurs de la Chine

Le Fonds d’investissement de l’industrie des circuits intégré de Chine était parvenu à réunir 138 milliards de yuans, environ 20 milliards d’euros, auprès d’entreprises comme China Tobacco ou China Mobile. Cette première phase visait à augmenter la production de puces en soutenant des groupes tel que la Semiconductor Manufacturing International Corp (SMIC), aujourd’hui leader du marché chinois ou Yangtze Memory Technologies Corp.

En 2019, après cinq ans d’activités, le Big Fund a commencé à créer ses premiers effets positifs, la production nationale a presque doublé. Un deuxième tour de financement est mené, réunit 200 milliards de yuans, environ 29 milliards d’euros. Il est cette fois tourné vers la chaîne d’approvisionnement, autour de la conception et l’acquisition d’outils de fabrications. L’exemple fait des émules. Dans toutes les provinces chinoises des fonds sont montées. L’Association chinoise de l’industrie des semi-conducteurs, estime qu’ils représentent 500 milliards de yuans, 72 milliards d’euros.

Une accumulation de moyen qui n’a pas toujours été répartie au mieux. Tsinghua Unigroup, alors première entreprise de semi-conducteurs du pays, a tenté, avec le soutien du Big Fund, de devenir l’un des cinq leaders mondiaux du secteur en 10 ans. Une ambition démesurée qui a abouti à un endettement de plus de 200 milliards de yuans. L’entreprise a fini en faillite en 2020 et a dû se restructurer en 2021.

Les États-Unis pratiquent l’endiguement

Cette série d’interpellation arrive à un moment critique pour la Chine dans le monde des semi-conducteurs. Alors que la rivalité sino-américaine ne cesse de s’accroître, les États-Unis ont parfaitement identifié la faiblesse que Pékin tente de combler. L’Oncle Sam tente de priver la Chine des outils de fabrication les plus évolués du marché pour l’empêcher de produire les puces les plus technologiques.

L’adoption du Chips Act par Washington va dans ce sens de « containment » : les entreprises candidates aux subventions américaines ne pourront pas commercer de façon significative avec la Chine durant 10 ans. La Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, au sommet de l’économie des semi-conducteurs, espère déjà obtenir des financements par ce biais. Par le passé, elle s’est déjà pliée à des pressions américaines pour entraver la progression de la Chine. Pékin, plus que jamais, ne peut compter que sur lui-même et ses fonds d’investissement pour rattraper son retard. Que le principal d’entre eux soit entaché d’une ou plusieurs affaires de corruption ne va pas aider.