En Chine, Weibo et Douyin, équivalents de Twitter et de TikTok, vont exiger des influenceurs qu'ils divulguent le nom de leur agence sur leur page de profil. Selon Pékin, certaines agences utilisent leur pouvoir pour influencer l’opinion publique.

Les agences initient le chaos en ligne, selon les autorités de la Chine

Les deux plateformes ont commencé la semaine dernière à tester cette nouvelle fonctionnalité. Ainsi, les influenceurs doivent indiquer sur leur profil avec quelle agence ils travaillent. Comme l’explique le South China Morning Post, environ 40 % des influenceurs ayant plus de 10 millions d’abonnés sur les principales plateformes chinoises sont gérés par des agences connues sous le nom de réseaux multicanaux (MCN). Ces derniers les aident à gérer leurs comptes en distribuant du contenu et en analysant les données du trafic web.

Ce sont justement ces agences qui sont prises pour cible par le gouvernement. « Certains MCN manipulent des comptes influents et fabriquent des informations fausses contenant des orientations de valeur erronées », a déclaré Zhang Yongjun, fonctionnaire du régulateur chinois, la Cyberspace Administration of China (CAC), lors d'une conférence de presse en mars. Selon Zhang, ces agences initient souvent « le chaos » en publiant une grande quantité de contenus qui « déforment la réalité et induisent le public en erreur ».

En plus de l’obligation pour les influenceurs de divulguer l’agence avec laquelle ils collaborent, Pékin exige des agences qu’elles revoient leurs contrats avec les influenceurs et qu’elles fournissent aux plateformes des informations actualisées sur leurs statuts de partenariat. Ces mesures visent à « maintenir le bon ordre de la communauté » et à « réguler la diffusion de l'information », ont indiqué Douyin et Weibo.

La place Tian'anmen

Le gouvernement veut étendre son contrôle sur la parole en ligne. Photographie : Markus Winkler / Unsplash

La mainmise de Pékin sur la parole en ligne se renforce de jour en jour

Ces nouvelles réglementations interviennent dans un contexte bien particulier en Empire du Milieu, alors que les autorités multiplient les mesures visant à agrandir leur contrôle sur Internet. En 2020 déjà, le pays avait bloqué tous les messages mentionnant la pandémie pour cacher la réalité des faits et depuis, de nombreuses lois sont pensées pour encadrer tout ce qui est partagé sur la toile.

Pékin a notamment réfléchi à un moyen de contrôler tous les commentaires avant qu’ils ne soient publiés en ligne, tandis que plusieurs réseaux sociaux dont Weibo et Douyin publient désormais l’adresse IP et la localisation de leurs utilisateurs afin de « lutter contre les mauvais comportements ». Plus récemment, une autre mesure ciblant les influenceurs a fait parler d’elle : elle oblige les créateurs de contenu chinois à obtenir une certification pour parler librement de certains sujets comme la médecine, la finance ou le droit. L’explication officielle derrière cette décision est le combat contre la désinformation

L’objectif affiché implicitement semble toutefois clair : empêcher les Chinois de s’exprimer sur la manière de faire de leur gouvernement et contrôler l’intégralité de la parole en ligne. D’ailleurs, les comptes de plusieurs personnalités influentes sur Internet, dont l'éminent économiste Hong Hao et le célèbre homme d’affaires Wang Sicong, ont été révoqués cette année après avoir publié des contenus jugés offensants par Pékin.