L’âge d’or de la production des séries toucherait à sa fin. C’est du moins ce qu’avance le média américain Bloomberg dans une enquête parue le 5 juillet. De nombreux studios hollywoodiens et services de streaming ont revu leurs budgets à la baisse et annulé la programmation de certaines licences pour faire face à la récession qui s’installe.

Les services de streaming mis à mal

C’est l’annonce du ralentissement de la croissance de Netflix qui a mis les acteurs du milieu face à la dure réalité. Le géant du streaming a perdu près de 200 000 abonnés, une première en plus de dix ans. En conséquence, l’entreprise californienne a vu sa cotation boursière chuter de 25% lors de la publication des résultats du premier trimestre 2022.

La valeur boursière de Netflix s'est effondrée depuis le début de l'année. Image : Google.

Une baisse de croissance qui se généralise parmi les services de streaming et les entreprises de production audiovisuelle. Bloomberg rapporte que le salaire moyen des réalisateurs a grandement diminué, passant de 4 millions de dollars par an à 750 000 dollars en 2022. Le budget des programmes a également été réduit de plus de 30 % tandis que certains sont tout simplement annulés. Les entreprises préfèrent perdre quelques millions de dollars en ne proposant rien plutôt que dépenser énormément d’argent pour un programme qui ne fonctionnerait pas.

Cette frilosité peut s’expliquer par la forte production de séries au cours des dernières années. En 2021, l’industrie a produit 559 séries scénarisées, bien loin des 200 écrites et tournées en 2013. Avec un nombre de programmes aussi conséquent, il est difficile pour les spectateurs de regarder l’intégralité du contenu qui lui est proposé.

En réponse à ce problème, Netflix a déclaré qu’elle n’allait plus dépenser autant qu’auparavant pour la production de ses séries. Amazon fait également attention aux sommes qu’elle investit depuis le recrutement de Mike Hopkins, l’ancien président-directeur général d’Hulu, à la tête d’Amazon Prime Video. Seul Apple continue de dépenser sans compter pour ses séries originales Apple TV+.

En attendant, Netflix s’est séparée de plus de 450 employés depuis le début de sa crise. Un porte-parole a indiqué que l’entreprise a « fait ces ajustements afin que nos coûts augmentent en fonction de la croissance plus lente de nos revenus ». Cette importante vague de licenciements s’inscrit dans un contexte de renvois massifs au sein de nombreuses entreprises technologiques alors que l’activité économique du secteur ralentit.

Les spectateurs préfèrent voir les films en salle

Les productions cinématographiques sont, elles aussi, mises à mal. Les films produits par les entreprises de streaming n’attirent plus autant qu’avant. Parrot Analytics, une entreprise de sciences de données qui mesure la demande globale des contenus sur toutes les plateformes, indique que l’année dernière des films sortis en salle tels que Spider-Man: No Way Home ou Matrix Resurrections ont généré beaucoup plus d'engagements que la sortie de Don’t Look Up, l’un des films les plus populaires de Netflix.

Alejandro Rojas, vice-président de l’analytique appliquée chez Parrot Analytics, explique à Bloomberg que « les films en salle ont tendance à avoir une demande plus élevée avant et après leur première diffusion [au cinéma] ». Le succès des films en salle repose avant tout sur le nombre de personnes se déplaçant pour aller les visionner. En fonction de son budget, un film doit vendre un certain nombre de tickets pour rembourser son coût de production et devenir rentable.

Cela ne fonctionne pas de la même manière pour les œuvres produites par des services de streaming. Ces dernières fonctionnent à l’abonnement et touchent une somme fixe en fonction de leur nombre d’abonnés, et ce, même s'ils ne visionnent pas le film.

Pour le moment, il est difficile de savoir quelle tournure va prendre le marché du streaming et des productions audiovisuelles. Pour John Landgraf, président de la chaîne de télévision américaine FX, il était évident que les services de streaming dépensaient beaucoup trop d'argent sans se soucier de la qualité de leurs productions et de leur équilibre financier. Désormais, ils devront faire attention à leurs dépenses afin de ne pas se prendre de plein fouet la récession qui s’amorce dans le secteur.