Alors que le secteur des cryptomonnaies continue sa lente descente aux enfers, le Salvador, qui a rendu le bitcoin légal en septembre dernier, voit son projet malmené. Le pays a vu la valeur de ses actifs numériques être divisée de moitié lors de l'arrivée de ce nouvel hiver crypto.

Plus dure sera la chute

En septembre 2021, le Salvador adoptait le bitcoin en tant que monnaie légale. Neuf mois plus tard, la nation d’Amérique centrale rencontre des difficultés financières. Ce projet de loi avait pour objectif de favoriser la croissance du pays et était soutenu par le président actuel, Nayib Bukele. C’était sans compter sur la chute vertigineuse de ces monnaies numériques survenue après l’effondrement du TerraUSD en mai dernier. La valeur du bitcoin s’est écroulée de 70 % par rapport à son pic à 58 400 € en novembre 2021 alors que le gouvernement salvadorien avait fait l’acquisition de 400 bitcoins pour 20,9 millions d’euros lors de l’entrée en vigueur de la loi. Ils en détiennent aujourd'hui 2301.

Boaz Sobradon, un analyste spécialisé dans le traitement des données fintech, a déclaré sur CNBC que « en termes de situation financière, le Salvador est dans une situation très difficile. Il a beaucoup d’obligations qui se négocient avec de fortes décotes ». Le pays dirigé par Nayib Bukele a près de 7,7 milliards de dollars de dette. En janvier dernier, le Fonds Monétaire International exhortait le Salvador de renoncer au bitcoin à cause de sa haute volatilité.

Les Salvadoriens n’adoptent pas le bitcoin

Pour l'instant, le bitcoin n’a pas réussi à s’ancrer dans les habitudes des Salvadoriens. Pourtant le gouvernement a tout fait pour. Une application portefeuille du nom de Chivo a été mise en place et offrait aux citoyens 30 dollars lors de leur inscription. Une somme non négligeable dans un pays où le salaire minimum s’élève à 365 dollars par mois.

Depuis le 7 septembre, les habitants du Salvador ont la possibilité de payer dans les commerces, les bars, voire de régler leurs contributions fiscales en bitcoins. De plus, les échanges avec cette cryptomonnaie sont exonérés d’impôts. Pour autant, d’après une enquête réalisée par la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Salvador, 86 % des magasins n’ont jamais effectué une vente en bitcoins.

Si Nayib Bukele s’est félicité sur Twitter, en janvier, de compter 4 millions d’inscrits sur Chivo, sur une population totale de 6,5 millions de personnes au Salvador, des études ont montré que leur utilisation du portefeuille crypto n’est pas pérenne. Un rapport (PDF) publié en avril par le National Bureau of Economic Research, un organisme privé spécialisé dans les sciences économiques, a démontré que seules 20 % des personnes ayant téléchargé Chivo ont continué à s’en servir après avoir dépensé les 30 dollars offerts.

D’autres problèmes entourent le portefeuille Chivo. En plus des ralentissements et des problèmes de connexions, de nombreux Salvadoriens ont été la cible d’usurpation d’identité. Des utilisateurs malveillants récupéreraient leurs informations personnelles pour créer un compte à leur place et récupérer les 30 dollars.

Alors que la prochaine élection présidentielle du Salvador est prévue pour 2024, les prises de décision au sujet du bitcoin n’ont pas fait descendre Nayib Bukele dans les sondages, bien au contraire. Le président en poste affiche un taux d’approbation supérieur à 85%, notamment grâce à son approche ferme de la criminalité. Boaz Sobrado précise que « Monsieur Bukele est, à ce jour, l’un des présidents les plus populaires au pouvoir ». Reste à voir si la situation évolue.

Mise à jour : Nous avons mis à jour notre article, car celui-ci laissait entendre que la récente chute de la valeur du bitcoin pouvait avoir une conséquence importante sur l’économie du Salvador. Ce point avait pour effet d’induire le lecteur en erreur, notamment sur l’importance des actifs détenus et gérés.