Kwasi Kwarteng, Secrétaire d'État britannique aux Affaires, à l'Énergie et à la Stratégie industrielle, a ordonné le 25 mai un examen approfondi du rachat de l’entreprise de semi-conducteurs pour des raisons de sécurité nationale. Selon les informations du Wall Street Journal, la diplomatie américaine aurait discrètement poussé en ce sens à cause de l’origine chinoise du futur propriétaire.

Les semi-conducteurs, un secteur hautement stratégique

C’est l’une des toutes premières mobilisations d’un texte britannique récent, la loi sur la sécurité nationale et les investissements. Elle permet au Royaume-Uni de bloquer l’acquisition d’une entreprise par un acteur étranger si celle-ci est considérée comme stratégique.

Avec la pénurie de semi-conducteurs, la Newport Wafer Fab, installée au Pays de Galles, pourrait rentrer dans cette catégorie. Elle transforme des billes de silicium en plaquette sur lesquels sont découpées les puces.

Le rachat par Nexperia est seulement de 75 millions d’euros, la société galloise étant confrontée à des difficultés financières. Nexperia est une filiale du chinois Wingtech, sous-traitant de Huawei ou Samsung, propriété à 22% de diverses structures liées Pékin.

L’opération avait agité l’été 2021 du gouvernement de Boris Johnson. L’opposition et certains députés majeurs du clan conservateur, tel Tom Tugendhat, président de la Commission des affaires étrangères du Parlement, avaient demandé d’interrompre ou au moins d’enquêter sur le rachat de Newport Wafer Fab.

Boris Johnson avait fini par entamer une timide enquête, tout en martelant qu’il fallait s’abstenir d’avoir une attitude hostile par principe à la Chine. En coulisse, les opposants à l’acquisition ont été soutenus par la diplomatie américaine.

D’après les sources du Wall Street Journal, un membre de l’ambassade des États-Unis à Londres a multiplié les rencontres avec des responsables britanniques depuis plusieurs semaines en ce sens. Sans demander directement une annulation de l’opération, il était chargé de faire comprendre que de l’autre côté de l’Atlantique il y avait une préférence pour qu’elle n’aboutisse pas.

Les États-Unis ont procédé de la même façon avec les Pays-Bas pour empêcher ASML Holding NV, le constructeur des équipements de fabrication de semi-conducteurs les plus perfectionnés au monde, de ne pas vendre à des entreprises chinoises.

Les Britanniques au milieu de la rivalité sino-américaine

Washington, que ce soit l’administration Trump ou maintenant l’administration Biden, vise absolument à entraver le développement technologique de la Chine. La faiblesse de l’Empire du Milieu est connue de tous, sa dépendance aux semi-conducteurs importés. Malgré les efforts du pays pour aller vers l’autonomie, le chemin reste long, notamment pour les puces les plus perfectionnées.

En bloquant la voie à une Newport Wafer Fab sous étendard chinois, les États-Unis espèrent ralentir les efforts chinois dans le domaine des voitures électriques. Consultée, l’ambassade de Chine au Royaume-Uni a dénoncé l’activité souterraine des Américaines, elle y perçoit une rupture avec les règles du commerce international. L’enquête lancée le 25 mai par le gouvernement britannique doit livrer ses conclusions dans trente jours au plus tôt.