La Shenzhen Development and Reform Commission et d’autres autorités locales ont conjointement dévoilé lundi 6 juin un plan pour développer l’industrie des semi-conducteurs de la métropole, rapporte le South China Morning Post. Ce projet qui repose sur des investissements du gouvernement doit permettre de doubler la production de puces d’ici 2025 pour rendre la Chine plus indépendante. La ville veut être capable de générer 37,5 milliards de dollars de revenus annuels grâce à ce secteur.

Faire de Shenzhen un « pôle d’influence » des semi-conducteurs

Comme les autres centres économiques chinois, Shenzhen a souffert de la politique zéro covid du gouvernement. La ville a dû fermer ses usines durant une semaine au mois de mars. En avril, la production de semi-conducteurs en Chine a diminué de 12,1 % par rapport à l’année précédente, soit 25,9 milliards de puces fabriquées. L'assouplissement récent des restrictions sanitaires a permis aux métropoles de reprendre une activité industrielle quasi normale.

Shenzhen accueille surtout des entreprises du numérique, le géant des réseaux sociaux Tencent ou l’un des leaders des télécoms, Huawei. Les autorités locales veulent dorénavant faire de la métropole un « pôle d’influence » dans le secteur des semi-conducteurs. La ville cherche à contribuer au développement des capacités nationales en matière de fabrication, de conditionnement et de test des puces, pour renforcer l’autosuffisance du pays. Le but est de doubler la production de Shenzhen pour passer de 16,5 milliards de dollars en 2021 à 37,5 milliards de dollars de revenus générés par les semi-conducteurs d’ici 2025.

Pour y parvenir, la ville cible plusieurs objectifs, dont le développement d’au moins trois entreprises de conception de circuits intégrés. Elles devraient atteindre des ventes annuelles d’une valeur de 1,5 milliard de dollars chacune. Shenzhen veut aussi implanter trois fabricants de puces qui pourraient générer 300 millions de dollars de revenus annuels.

La métropole va devoir redoubler d'efforts pour atteindre son objectif

Xie Ruifeng, directeur général de la recherche en semi-conducteurs au sein de la société de conseil chinoise ICwise, explique que l’objectif de 37,5 milliards de dollars de revenus est atteignable. Selon lui, la métropole dispose de « quelques avantages dans le développement d’une industrie des semi-conducteurs. Cela inclut sa proximité avec des ressources pour l’innovation, des financements solides de la part du gouvernement et un marché des capitaux privés actif ». Il ajoute cependant que « la ville manque encore de capacités locales de fabrication de plaquettes, qui sera au centre des efforts de Shenzhen ».

Dans cette optique, Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC), le plus grand fabricant chinois de puces, basé à Shanghai, construit actuellement une usine à Shenzhen. Elle devrait être achevée d’ici la fin de l’année 2022. L’entreprise avait annoncé un investissement de 2,35 milliards de dollars dans ce projet, avec l’objectif de produire 40 000 plaquettes de silicium d’une trentaine de centimètres par mois.

La Chine intensifie ses efforts pour renforcer son indépendance dans le secteur des technologies. Le pays a réduit ses importations de semi-conducteurs de 11,4% durant les quatre premiers mois de l’année 2022. Pourtant l’industrie chinoise dépend encore énormément des technologies étrangères, comme les logiciels et les équipements de production, pour fabriquer des semi-conducteurs. Ses efforts pourraient être mis en difficulté par la rivalité entre Washington et Pékin. Les États-Unis profitent de leur accès à des technologies plus avancées pour devancer l’empire du Milieu.